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Sida et immigration : la recherche en question
9 octobre 2000 (Agence nationale de recherches sur le SIDA)
PARIS, 9 octobre 2000 (Agence nationale de recherches sur le SIDA)
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Lire notre dossier : La gestion de la misère en question
Journée d’animation de la recherche
9 octobre 2000
FIAP Jean Monnet
30 rue Cabanis
75014 Paris
9h30 : Ouverture
Michel Kazatchkine
Directeur de l’ANRS
Didier Fassin
Université Paris XIII, EHESS
Président de séance : Alain Sobel, CHU Henri Mondor
10H30 - 11h10 : Les catégories de l’immigration et l’épidémie du sida
La question de l’immigration en France est de plus en plus soumise à celle des modalités mêmes de son observation. L’emploi -au sens commun- des qualificatifs « étrangers », « immigrés », « originaires de » est récurrent, mais recouvre des catégories qui se révèlent floues un jour donné et labiles dans la durée. Il paraît utile de revoir cette terminologie et les concepts qui fondent l’appareil statistique de l’État pour rendre compte de ce fait social. L’immigration et ses représentations restent l’objet permanent de tension au sein de la société civile. Au regard des démographes et sociologues, les classifications en usage dans les recensements et enquêtes ne permettent pas de comprendre l’évolution des phénomènes migratoires actuels. Le critère de nationalité et les procédures de son acquisition limitent le champ d’analyse du fait de leur caractère exclusif. Le classement des populations selon leurs « origines », suscite de vives réserves et l’instauration de critères de différentiation, énoncés en terme ethnique, est aussi jugée contestable tant au plan scientifique qu’éthique. L’enjeu de cette controverse n’est pas que méthodologique puisqu’il porte sur des droits aussi primordiaux pour les personnes que ceux de la résidence, du travail, des accès au logement ou à la santé. L’affiliation des immigrés -étrangers ou non- à la société française est régie selon des règles taxonomiques qui ont une incidence directe sur la consistance même de leur citoyenneté.
Il appartient aux chercheurs en sciences sociales, comme à tout acteur de la lutte pour la réduction des risques de contamination par le VIH, de s’interroger sur ces processus de catégorisation et de préciser leurs résonances avec la problématique de l’épidémie du sida. Employés pour décrire et analyser l’immigration, ils ne sont pas des données immédiates. Afin d’évaluer les prémices opératoires de telles nomenclatures, il convient de les confronter aux logiques épidémiologiques, sociales et politiques en jeu dans le cas du sida.
- 10h30 : Patrick Simon, INED
- 10h45 : Augustin Gilloire, URMIS, CNRS
- 10h55 : Discussion
11h10 : Pause
11h30 - 12h10 : Discriminations
Les relations entre les « immigrés » et la société française ont longtemps été traitées sous l’angle de l’intégration, c’est-à-dire la réduction des spécificités socioculturelles dans les pratiques et la condition des immigrés, et l’aménagement en conséquence des cadres sociaux collectifs de la société d’installation. L’adaptation du cadre juridique français et des pratiques administratives à la présence des immigrés a permis de limiter progressivement les traitements distinctifs attachés à la nationalité. À l’exception des droits politiques, la plupart des droits sociaux sont désormais attribués sans condition de nationalité, sous réserve de la régularité du séjour.
Mais l’effacement (relatif) des privilèges liés à la nationalité a fait apparaître d’autres formes de limitation à la jouissance des droits, se traduisant par un moindre accès aux biens et aux services en raison, selon la formule consacrée, de la « race » ou de l’origine, réelle ou supposée, des individus. Ces inégalités de traitement et d’opportunité sont regroupées sous la terminologie des discriminations et font désormais l’objet de politiques publiques.
Les discriminations trouvent à s’exprimer dans l’ensemble des domaines de la vie sociale, et notamment dans celui de la santé : accès à la prévention et aux soins, connaissance et utilisation des dispositifs existants ... Là comme ailleurs, le respect de l’égalité de traitement des « usagers » suppose que soient abandonnées les distinctions selon l’origine ou la « race », lorsqu’elles ne sont pas légitimes (principe de finalité) ou pertinentes (principe de proportionnalité). Cependant, toute distinction ne peut être considérée comme une discrimination et on peut identifier de nombreux exemples de prise en compte légitime et pertinente de l’origine, notamment (peut-être ...) dans la définition des groupes de transmission du VIH ou dans la mise en place de politiques de prévention en direction de publics ciblés.
Dès lors, plusieurs questions méritent d’être abordées : Où se place la frontière entre distinction légitime et discrimination ? Comment décrire et analyser les processus engendrant des discriminations sans stigmatiser les victimes ? Peut-on se contenter de rétablir l’égalité de traitement ou doit-on adopter une position plus volontariste en direction des groupes et individus discriminés ?
La séance permettra de dresser un panorama théorique et historique de la notion de discrimination, d’en décrire les différentes formes d’expression et de les rapprocher du cas concret du sida.
- 11h30 : François Vourc’h, URMIS, CNRS
- 11h45 : Vincent Douris, ARCAT-Sida
- 11h55 : Discussion
12h10 - 12h50 : Politique d’immigration et vie familiale
Dans la production juridique relative à l’immigration familiale en France, quelles normes, catégories et représentations président à la « gestion » juridique des familles étrangères et/ou immigrées ? Quelles tensions, ambivalences et paradoxes la prolifération réglementaire et législative révèlent-elles ? Qu’en est-il, au regard de l’évolution jurisprudentielle, du « droit de vivre en famille » ?
Ce tour d’horizon permettra d’éclairer et de mettre en perspective la question de la dimension idéologique de la production de lois sur l’immigration.
L’appréhension, sur le plan juridique, de la notion de pluralisme permettra en outre d’expliciter les modalités particulières au sein desquelles se déclinent, en France, les relations entre universalisme et diversité.
Mais c’est aussi la tension entre les notions « d’ordre public » et de vie privée, la multiplication des catégories d’inclusion et d’exclusion aboutissant à une « identité juridique fragmentée de l’étranger », qui permettra d’inscrire dans un contexte global, l’apparition récente de la catégorie "d’étranger malade ".
- 12h10 : Edwige Rude-Antoine, URMIS, CNRS
- 12h25 : Sandrine Musso, Centre d’Études Africaines, EHESS
- 12h35 : Discussion
12h50 - 14h00 : Déjeuner
Président de séance : Jean-Pierre Dozon, Centre d’Études Africaines, EHESS
14h - 14h40 : Maladie et culture
Grâce aux nombreuses recherches en anthropologie médicale, parler des dimensions culturelles de la maladie, tant du point de vue des représentations que s’en font les patients que de celui de leurs pratiques, et notamment de leurs itinéraires thérapeutiques, est presque devenu un lieu commun. Ces dimensions ont pu être observées et étudiées partout, y compris au sein des sociétés occidentales où les expériences de la maladie ne sont pas réductibles, quoique sous son influence, à la biomédecine et à ses propres processus d’acculturation ; mais elles n’ont laissé tout particulièrement de concerner, soit des sociétés lointaines (africaines, indiennes, asiatiques, etc.), soit des populations issues de ces sociétés et qui, par le fait de migrations passées ou récentes historiquement liées à l’imperium du monde occidental, sont réputées être partie prenante de celui-ci tout en continuant à être façonnées par leur culture d’origine. Étudier en France les faits de maladie au sein des populations immigrées, particulièrement celles qui proviennent du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne, et spécialement dans la perspective d’une meilleure prise en charge ou de programmes de prévention plus adaptés, exigerait donc de mettre en avant leurs conceptions spécifiques de la souffrance et de la cure. On discutera par conséquent de cette proposition apparemment pertinente et soucieuse des altérités, en se demandant si la référence obligée à la culture ne fait pas bon marché des situations réelles (économiques, sociales, politiques) dans lesquelles se trouvent diversement placées en France les populations immigrées.
- 14h00 : Doris Bonnet, Centre d’Études Africaines, EHESS
- 14h15 : Emmanuel Ricard, IMEA
- 14h25 : Discussion
14h40 - 15h20 : Projet migratoire, constitution des unions, vie sexuelle
La prévention de l’infection par le VIH repose le plus souvent sur une approche très réductrice de la vie amoureuse, sexuelle et familiale des différents groupes de la population étrangère et migrante : recours des hommes à la prostitution, soumission des femmes dans les relations conjugales, relations sexuelles perçues exclusivement comme des relations entre partenaires de même ’origine’ sans restituer la diversité des projets migratoires. Comment peut-on aborder la question des relations affectives et sexuelles dans le projet migratoire ? Quels sont les déterminants de ces trajectoires : la nature du projet migratoire, les liens avec le pays de départ, les conditions de l’émigration, le pays ou la région d’origine, la possibilité d’intégrer une communauté en France ? Doit-on différencier les hommes et les femmes ? Comment l’âge au moment de l’immigration joue - t’il ? Quels sont les enjeux de la constitution des unions ? Existe-t-il des catégories pour caractériser les modes de vie du point de vue des relations de genre, de la sexualité, du mariage et de la constitution des familles.
- 14h40 : Claudine Philippe, INSERM, Université Paris XIII
- 14h55 : Florence Maillochon, LASMAS, CNRS
- 15h05 : Discussion
15h20 : Pause
15h40 - 16h20 : Communauté et socialité
Aux étrangers ou aux immigrés - et probablement d’autant plus qu’ils appartiennent à des cultures perçues comme lointaines, africaines en particulier - on prête volontiers des formes d’organisation sociale communautaire, leur supposant une identité, des valeurs, des représentations, des pratiques partagées. Cette vision a des conséquences en matière de politiques socio-sanitaires, conduisant notamment à la recherche de solutions particularistes à leurs problèmes de santé, souvent mises en [oe]uvre par des institutions spécifiques. Plus généralement, elle tend à enfermer les personnes dans des origines et des caractéristiques assignées. Sans nier l’existence d’un certain fonctionnement social de ce type, au demeurant favorisé par le traitement politique de l’immigration, par exemple le maintien de certaines populations dans des foyers de travailleurs, les observations sociologiques et anthropologiques montrent que l’on ne saurait ramener à cette seule lecture communautaire les réalités complexes de la participation des étrangers et des immigrés à la vie sociale. D’une part, des formes de différenciation très marquées existent au sein de ces groupes, engageant des stratégies et des tactiques diverses et parfois opposées dans le rapport à la société dite d’accueil. D’autre part, des modalités d’organisation sociale fondées sur d’autres relations se développent, impliquant des personnes extérieures au groupe supposé et des liens contractuels choisis plutôt qu’imposés par une origine. C’est cette tension entre les deux figures complémentaires de la communauté et de l’association qu’il s’agit donc de comprendre, avec ses implications pour les interventions en matière de prévention du sida et de prise en charge des malades.
- 15h40 : Mahamet Timéra, Centre d’Études Africaines, EHESS
- 15h55 : Kémal Chérabi, IMEA
- 16h05 : Discussion
16h20 - 17h30 : Table ronde « Quels programmes de recherche ? Comment mobiliser les équipes ? »
Modérateur : France Lert (INSERM)
Intervenants :
- Suzanne Guglielmi (DGS, Division sida)
- Omar Hallouche (ALS, Lyon)
- Danièle Lochak (Université Paris X - Nanterre)
- Patrick Mony (GISTI)
- Germinal Pinalie (Act up)
- Catherine Quiminal (URMIS, Paris 7)
- Reda Sadki (Migrants contre le sida)
Comité d’organisation : Catherine Chardin (DGS, Division Sida), Jean-Pierre Dozon (Centre d’Études Africaines, EHESS), Didier Fassin (Université Paris XIII, EHESS), Augustin Gilloire (CNRS, Université de Nice-Sophia Antipolis), Nicole Labrosse-Solier (DGS, Division sida), Anne Laporte (InVS), France Lert (INSERM), Sandrine Musso (Centre d’Études Africaines, EHESS), Emmanuel Ricard (IMEA), Patrick Simon (INED), Alain Sobel (Hôpital Henri Mondor)
Pour l’ANRS : Véronique Doré
ANRS : Cellule Santé Publique - Sciences de l’Homme et de la Société
101 rue de Tolbiac
75013 PARIS
tél. 01 53 94 60 13