Accueil du site > À écouter, à voir >
Émission du 22 juin 2010 (n° 459) | Cheikh Sidi Bemol | DJ Bellek | Musique
Gourbi rock et rap house : Ça déchire grave à l’émission survivre au sida !
1er juillet 2010 (survivreausida.net)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
-
Écouter: Gourbi rock et rap house : Ça déchire grave à l’émission survivre au sida ! (MP3, 8.5 Mo)
Reda : Alors on va écouter deux morceaux. Honneur aux anciens, aux doyens, avec un extrait pirate, enregistré au cabaret sauvage. Et on a eu le plaisir de retrouver Cheikh Sidi Bemol là-bas. On va s’écouter ça et puis chacun donnera son avis à commencer par Belleck. Et après l’ovni.
Dj Belleck : Oui mais l’ovni il est trash, je ne l’ai pas fait pour...
Reda : Dans une émission familiale ! (rires) On commence par le gourbi rock.
Musique
Reda : Sidi Bemol. On enregistrait ça avec Ousmane. Et Ousmane qui découvrait, il disait mais il y a ce dynamisme, cette pêche sur scène, tu peux nous parler de ça. Qu’est-ce qui se passe avec le public quand tu es sur scène ou quand tu passes la guitare...
Cheikh Sidi Bemol : Ecoute sur scène c’est toujours un peu magique. Il y a le public qui connaît les chansons.
Reda : En un quart de tour les drapeaux algériens étaient... (rires). C’était électrique oui, parce qu’on était à quelques jours des premiers matchs et tout ça.
Cheikh Sidi Bemol : Moi j’ai toujours été amoureux de la musique rock. J’ai toujours voulu mélanger tout ce qui est un peu folklorique, traditionnel, avec cette musique, avec les instruments du rock. Le rock c’est la seule musique ou on peut parler de choses... parler par exemple de sexualité.
Reda : On a rencontré ce jeune artiste, la chanson dont il se souvenait le plus c’était celle où tu disais, ou tu parlais de faire l’amour.
Cheik Sidi Bémol : C’est le seul moyen de dédramatiser certain sujet comme le sexe, comme l’amour.
Reda : Bellek toi quand tu écoutes ce petit extrait, je m’excuse pour la pauvreté des conditions d’écoute (rires), qu’est-ce que tu entends ?
Dj Belleck : C’est frais dans le sens où c’est une musique qu’on n’a pas l’habitude d’entendre, du rock mélangé, c’est toujours agréable à entendre. J’adore découvrir des styles, écouter des nouvelles chansons, c’est agréable à écouter et c’est vrai qu’à travers cette musique, on peut faire passer pleins de messages qu’on ne pourrait pas dire de manière normale, en parler.
Ousmane : Avant que tu dises autre chose Reda, j’aimerai te rappeler qu’avant de rentrer dans la salle tu m’as dit : « Ousmane je paris que tu seras le seul black dans la salle ». Je t’ai dit non, ce n’est pas évident et du coup, je me suis retrouvé effectivement être le seul noir dans la salle (rires). Et à découvrir la musique de Cheikh Sidi Bemol. Et toi Bellek, est-ce que tu connaissais ses chansons ?
Dj Belleck : Non.
Reda : Alors qu’en Algérie, pour les jeunes musiciens, les jeunes artistes, c’est une référence. Sophie, Zina ?
Sophie : Je ne connaissais pas non plus. Je découvre.
Reda : Et l’idée que les arabes font du rock ?
Sophie : C’est sympa.
Dj Bellek : C’est de la musique, on est là pour s’amuser.
Ali : Comme Idir, dans le raï il y a eu quelques grands noms, dont un qui a été assassiné mais sinon, pour en revenir à des mélanges de musiques africaines, maghrébines, toutes les influences du rock et tout ça, voir de la techno, de la house...
Reda : N’exagérons pas (rires).
Ousmane : Quelque part quand même, il nous manque une certaine culture musicale. Je pense que de nous tous, Reda est le seul à connaître Cheikh Sidi Bemol et pareil j’étais étonné de voir le nombre de personne qu’il y avait dans la salle et qui connaissaient cette musique, je me suis dit mais est-ce que ça se fait en cercle fermé ou comment ça se passe ? (rires)
Ali : Apparemment le bouche à oreille, enfin le téléphone arabe a fonctionné !
Cheikh Sidi Bemol : Ça fait quand même un moment que le groupe existe. Là le disque vient de sortir, c’est le 7ème tu vois. Ça a fait son chemin depuis. On n’est pas dans des circuits c’est vrai, on ne passe pas à la télé, les grandes radios tout ça, c’est vrai qu’on n’est pas accessible là-dedans mais bon il y a quand même un public.
Ousmane : C’est un choix ?
Cheik Sidi Bémol : En quelque sorte, c’est un choix. On n’a pas osé vraiment chercher à rentrer dans des milieux, je préfère suivre mon chemin...
Ousmane : Donc différent de celui de Bellek, le choix d’être...
Dj Bellek : En fait le choix s’est fait naturellement. Ça veut dire que ce sont des propositions qui viennent à toi, par rapport à un travail que tu fournis, ou une idée que tu as eu par rapport à un son, après on peut te recontacter ça dépend. J’ai eu la chance grâce à mon frère Kore de pouvoir être vite reconnus dans le milieu du rap et du r’n’b. Mais après c’est un choix et aujourd’hui avec Internet, tu n’as plus forcément besoin de passer à la radio, je le vois juste par rapport au projet que j’ai sorti. Je l’ai mis juste en téléchargement sur internet, sans aucune pub, j’ai vraiment voulu faire un projet où je me débrouille tout seul du début à la fin, sans l’aide de personne, et en une semaine j’étais à plus de 40 000 ou 50 000 téléchargements sans avoir fait de pub. Donc c’est énorme. Je l’ai sorti il y a deux semaines, là je dois être à 50 000 téléchargements, j’en ai parlé à travers des petites vidéos, des petites radios et voilà les gens suivent en fait. Avec Internet tu fais ton propre média.
Reda : Question pour Sidi Bemol, en Algérie, ta musique comment est-ce qu’elle est perçue par le pouvoir en place ? Au fil des ans ? Est-ce que du rock un peu contestataire pose problème à quelqu’un ?
Cheikh Sidi Bemol : Disons qu’on ne fait pas énormément de concert en Algérie, on nous invite pas très souvent. Quand on part faire des concerts là-bas c’est souvent des organismes privées, des associations, des choses comme ça qui nous invitent. C’est vrai qu’il y a eu plusieurs concerts qui ont été annulé à Alger. Mais bon ça se passe bien.
Reda : Les avis Sophie, Zina et Tina sur ce que vous avez écouté avant ou est-ce qu’on écoute l’ovni d’abord ? (rires). On y va ? Vous êtes prêt ou...
Dj Belleck : Je tiens juste à vous signaler, à vous préciser, ce n’est pas du raï’n’b fever, donc au niveau de l’écoute c’est un peu plus trash dans les propos.
Reda : Raï’n’b fever c’était le gentil Bellek.
Dj Belleck : Non, ce n’est pas ça, c’est que voilà, c’est un projet qui est plus dédié à une catégorie de personnes qui sont un peu plus...
Sophie : C’est quoi la moyenne d’âge qui écoute ça ?
Dj Belleck : Franchement, à mon avis, je dois être de 16 à 24, 25 ans, je pense.
Reda : Donc vu la moyenne d’âge autour de la table, on sort déjà des chemins battus. On est déjà dans la transgression (rires). Bon aller cramponnez vous bien, accrochez-vous à vos chaises.
Musique
Reda : Je remercie Bellek pour cette compile, ça va prendre la forme d’une confession, d’un aveux, d’un témoignage, voilà, que j’ai jamais osé dire à personne et surtout pas à Ousmane c’est que ça m’arrive dans ma playlist, i-tunes tout ça, j’ai quelques morceaux, je crois même que j’ai un album entier de Bob Sinclar et bon voilà, c’est dit.
Ousmane : Mais ça je pense que ce n’est pas nouveau...
Reda : Et j’ai quelques, bon, ça c’est en aparté, quelques morceaux de Kylie Minogue aussi. Mais vous le dites à personne. Et surtout pas à Ousmane qui perdrait une bonne partie de l’estime qu’il a pour moi. Mais ce qui m’intéresse, ce sont vos réactions et ce qui intéresse Bellek. L’avis du jury ?
Ali : Moi simplement j’attends que tu me le mettes sur mon...
Zina : Oui j’aimerai bien.
Sophie : Je travaille dans une maison de production donc...
Ousmane : Donc moi si c’est quelque chose à dire c’est que, j’aimerai demander à Cheikh Sidi Bemol, qu’est-ce que tu penses de ta musique, transformée dans un style comme ça ? Est-ce que ça t’es déjà venu...
Cheikh Sidi Bemol : Le morceau que vous venez de mettre, je trouve que c’est génial.
Sophie : C’est frais !
Zina : J’aime bien le mélange de style.
Ousmane : Je demande ça parce que je sais qu’il y a des artistes, tellement ils sont intègres, authentiques, difficiles, ils se disent : « si quelqu’un vient me demander l’autorisation de mixer ma musique comme ça, je refuse tout de suit »e. Est-ce que toi, ça peut être le cas ?
Cheikh Sidi Bemol : Non, franchement non, parce qu’aujourd’hui tout ce que font les jeunes avec la musique, grâce à l’ordinateur, cette façon de retravailler ce qu’on fait les gens, avant déjà. On peut dire que c’est de la création artistique à part entière. Ce sont de nouveaux outils. Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui sont choqués quand ils écoutent leur musique remasterisée. Franchement moi je trouve que non. C’est ce qu’on fait avec une guitare. On prend les accords de Bob Marley et on met des textes en arabes. Donc c’est un peu la même chose. Donc ça ne me choque pas.
Ousmane : Bellek, toi reprendre des classiques, justement d’Algérie, tout ça, du raï et le travailler comme ça, pour toi, ça te donne quoi comme sens ? C’est quoi le but exactement ? Du coup tu répondras oui ou non. Est-ce que c’est pour ramener du vieux à la jeunesse pour qu’ils puissent connaître aussi sur autre support ou sur autre rythme la musique de vos parents ?
Dj Belleck : Oui. En fait la démarche c’est d’ouvrir les oreilles, de tenter des choses, puis que les gens se lâchent un peu. On est déjà assez renfermé sur nous-mêmes, sur le train train de la vie de chacun. En fait, ce genre de projet, je le fais vraiment pour que les gens s’amusent et découvrent un autre style, une autre manière. C’est de la musique, bon après bien sûr, comme on a dit tout à l’heure, t’as les gens qui vont critiquer, les puristes qui vont dire mais non, il ne fallait pas, pourquoi. Et moi je leur répondrai naïvement c’est de la musique, parfois ça plaît, parfois... tu m’as dit tout à l’heure justement, moi j’écoute du Bob Sinclar en cachette.
Reda : Il ne faut pas le dire. (rires)
Dj Belleck : Tu sais que j’ai eu pleins de pote à moi qui ont écouté le projet, les mecs ils sont tout le temps avec moi et on dirait qu’ils ont attendu que je leur mette le cd pour me dire : « en fait tu sais moi, j’écoute ça depuis grave longtemps » (rires).
Sophie : Mais moi j’aime beaucoup. J’ai mes filles qui écoutent du Bob Sinclar, David Guetta et tout. Franchement on s’éclate grave. Avec ce petit remix, ça le fait quoi.
Transcription : Sandra Jean-Pierre