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Émission du 8 juin 2010 (n° 457) | Ben
Témoignage d’un séropositif d’une cité : « Si j’aurais eu le sida et que mon enfant ne l’aurait pas eu [...] j’aurais tout fait pour garder des distances pour ne pas l’affecter »
15 juin 2010 (survivreausida.net)
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Écouter: Témoignage d’un séropositif d’une cité : « Si j’aurais eu le sida et que mon enfant ne l’aurait pas eu [...] j’aurais tout fait pour garder des distances pour ne pas l’affecter » (MP3, 4.7 Mo)
Début du son.
Saïd : Je m’appelle Saïd Brahim, j’ai 33 ans. J’ai un enfant et je vis en concubinage.
Ben : Comment est perçu le sida dans la cité aujourd’hui ?
Saïd : Le sida c’est perçu dans le quartier où je suis comme étant tabou si je le peux le dire comme ça. Et c’est quelque chose qui effraie énormément les personnes et franchement je pense que c’est une maladie incurable et c’est plutôt une fatalité.
Ben : Donc les tabous persistent dans ta cité chez la majorité maghrébine ?
Saïd : Oui exactement.
Ben : Comment vivent les parents d’origine maghrébine lorsque que quelqu’un dans la famille est touché par le sida ? Comment réagissent-ils ?
Saïd : Ça dépend de la mère et ça dépend des parents quoi. Les parents peuvent tolérer et d’autres peut-être pas, parce que la mère elle a toujours l’amour pour son enfant donc elle va essayer de l’aider du mieux qu’elle peut. Elle va le mettre dans un centre thérapeutique ou je ne sais pas moi, des trucs comme ça, d’après mon point de vue.
Ben : Tu constates quand même que le VIH est toujours tabou dans ta cité ?
Saïd : Oui c’est vrai. C’est tabou mais on n’en parle pas plus que certaines célébrités, des chanteurs où quelque chose comme ça, voilà. Ils pensent tout bas ce que d’autres pensent tout haut.
Ben : Comment vivent les personnes qui sont séropositives dans ta cité ? Tu en connais quelques-uns tu me disais tout à l’heure, comment ils le vivent au quotidien par rapport au regard des autres dans la cité ?
Saïd : Ils le vivent mal étant donné qui sont en phase terminale. Ils sont assistés et tout, donc ils sont... pas persécutés mais ils sont visés... ils se sentent, psychologiquement... je pense qu’ils n’ont plus rien à perdre et ils s’en foutent du regard des gens maintenant. Il n’y a pas plus pire que le sida de toute façon.
Ben : Est-ce que tu sais que, à l’heure actuelle, un couple sérodiscordant peut avoir un enfant ?
Saïd : Non. Je ne sais pas d’abord ce que c’est le mot discordant mais tout ce que je sais c’est que un couple séropositif franchement, ils le vivent ensemble. J’ai connu un couple, c’est la femme qui est décédée la première. Ils ont laissé une gamine. Elle était d’abord très belle et mignonne comme tout. Je ne sais pas où ils l’ont placée mais en tout cas ça fait longtemps qu’elle n’a pas vu son père et il doit se sentir abandonné à mon avis.
Ben : Tu veux dire qu’au décès de sa maman, les travailleurs sociaux ont préféré placer l’enfant que de confier l’enfant à son père ?
Saïd : D’un point de vue, c’est peut-être la meilleure chose à faire on va dire.
Ben : Mais la meilleure chose à faire, tout dépend des situations je pense et c’est au cas par cas. Maintenant je ne pense pas qu’on puisse refuser, sous prétexte que le père est séropositif, qu’il garde son enfant avec lui, on ne peut pas le refuser.
Saïd : Oui mais c’est une question de sécurité. Vous voyez un enfant ça trifouille partout, ça peut se blesser. Il peut être contaminé. Moi, si j’aurais eu le sida et que mon enfant ne l’aurait pas eu et bah franchement j’aurais tout fait pour garder des distances pour ne pas l’affecter.
Ben : Ah bon ? Parce que tu penses à l’heure actuelle que le sida on peut l’attraper par l’air qu’on respire, en se serrant la main, en faisant la bise ? Est-ce que ce sont des sources de contamination ça ?
Saïd : Non, non. C’est dit par les scientifiques. C’est une maladie MST, transmissible, donc par les voies... par le sang, la salive je ne sais pas...
Ben : Et la seringue on oublie ?
Saïd : La seringue, oui...
Ben : Ce n’est pas la seringue en elle-même, c’est le partage du matériel.
Saïd : C’est le partage du matériel, avec les ustensiles et tout comme ça donc c’est très délicat. D’ailleurs, ceux qui sont le plus contaminés, ce sont les homosexuels en premier lieu. Ensuite ce sont les hétérosexuels, etc, etc.
Ben : Que penses-tu quand on désigne, comme madame Bachelot l’a fait il n’y pas très longtemps en disant je mets une priorité aux homosexuels, qui sont que 47% si mes chiffres sont bons, et que 53% ce sont des hétérosexuels, et qu’elle puisse tenir un discours, on s’occupe d’abord de la communauté homosexuelle et on s’occupera des hétérosexuelles plus tard.
Saïd : Ce serait un paradoxe pour moi parce que les homosexuelles c’est contre nature et ce qui est sûr c’est qu’ils voudront plus de droit...
Ben : On ne va pas s’égarer dans le débat, on n’est pas là pour une discussion autour de l’homosexualité pour ou contre. Mais plus pour revenir sur le sida, as-tu fait un test de dépistage ?
Saïd : Oui.
Ben : Est-tu fidèle à ta femme ?
Saïd : Oui.
Ben : Tu te shootes ?
Saïd : Pardon ?
Ben : Est-ce que tu te shootes ? (rires). Allons-y.
Saïd : Je vais dire pendant longtemps je me shootais oui.
Ben : D’accord.
Saïd : Et je me shoote encore (rires) comment dire au vaccin, etc. D’ailleurs on a eu une histoire avec le sang contaminé donc c’est pour du fric qui ne l’ont pas trillé.
Ben : Ecoute Brahim, je te remercie d’avoir un peu témoigné par rapport à ton quartier, et moi je vais conclure en disant vous voyez il y a encore énormément de boulot à faire, dans les quartiers, en prévention, et il y a aussi des outils qui existent qui ne sont pas bien entretenus ou qui ne sont pas bien placés au bon endroit. La contamination au VHC elle continue quoi. Et maintenant si on veut vraiment une prévention de qualité, il faut permettre aux habitants et donner les moyens aux habitants du quartier de transformer ça en action dans le but de prévenir et pour ça, en situation à risque par rapport aux VIH. Je vous remercie. Bonjour à Tina, bonjour à Reda et bonjour à tous. Au revoir, c’est Ben de Valenciennes !
Fin du son.
Reda : Voilà, Ben de Valenciennes qui produit régulièrement pour l’émission « survivre au sida » des reportages des entretiens, là il était dans une cité proche de Valenciennes pour parler avec un jeune homme, 33 ans, papa d’un enfant, lui-même séropositif, lui-même contaminé par le partage de seringue et interrogé sur le VIH. Ce qu’il faut bien comprendre c’est donc qu’il s’agit bien d’un gars qui est concerné mais qui ne parle jamais de la maladie, du fait que lui-même est porteur du virus, ou de quoique ce soit. Donc Ben l’a un peu poussé dans ses retranchements avec ses questions.
Ali : Et malgré qu’il soit père, il trouve normal le placement d’un enfant à l’ASE, plutôt qu’éventuellement si le père est capable de s’occuper de l’enfant, puisse en avoir la garde.
Zina : Visiblement il n’est pas informé sur le sujet. Il est concerné mais... peut-être qu’il rejette tellement ça comme tu l’expliquais tout à l’heure que du coup il n’apprend rien dessus, il ne veut rien savoir, il fait l’autruche. Enfin je pense parce que là... il ne sait même pas si ça s’attrape par la salive, des trucs vraiment... qu’on sait maintenant depuis longtemps, et puis d’autant plus quand on est concerné, je trouve ça triste.
Reda : Qu’est-ce que tu lui dirais si tu le rencontres ? Peut-être qu’il va venir au prochain Méga Couscous, que Ben va l’embarquer dans une prochaine aventure.
Zina : Moi je lui dirais de faire en sorte d’accepter plus sa maladie parce que là il va se rejeter lui-même et... enfin c’est triste pour lui quoi. S’il fait l’autruche, qu’il refuse de s’informer, s’il tient les propos comme il les tient, il fait un rejet sur le virus, il fait un rejet de lui parce qu’il l’a et donc... évolue, c’est tout ce que je te souhaite parce sinon...
Reda : Mais en même temps, ce truc d’avoir intériorisé toute cette stigmatisation, toute cette discrimination, c’est ça le résultat. C’est ça ce que j’entends. Et puis en même temps s’il a accepté de parler avec Ben c’est qu’il y a quand même quelque part une ouverture. Sinon il aurait bloqué sur toute la ligne.
Tina : Je comprends, moi aussi je trouve ça vraiment dur pour lui parce que s’il pense que la salive ça peut être un moyen de transmission, ça veut dire que peut-être il n’ose pas donner le bisou à son enfant ou on sait jamais mais en tout cas je me demande aussi, quels sont les moyens qu’il a pour s’informer parce que peut-être qu’il n’y a rien, il n’a pas internet alors il fait quoi ? Ce n’est pas qu’il ne veut pas c’est qu’il n’a pas de moyens. Bon on peut penser que son médecin pourrait un peu l’aider.
Reda : On nous a déjà envoyé des reportages qui documentent un petit peu comment les séropositifs des cités sont mal reçus, mal suivis, maltraités dans les hôpitaux par les médecins. Et mal informés.
Tina : Le médecin ne veut peut-être pas entrer dans ces sujets ou bien que, ils aiment bien entretenir un peu cette peur, on ne sait pas.
Transcription : Sandra Jean-Pierre