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Émission du 9 février 2010 (n° 440) | Gertrude Dodart | Ousmane Zaré
Gertrude et son Paris Macadam en première session de la rubrique culturelle d’Ousmane
12 février 2010 (survivreausida.net)
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Écouter: Gertrude et son Paris Macadam en première session de la rubrique culturelle d’Ousmane (MP3, 3.3 Mo)
Reda : Et voilà, c’est l’heure de la rubrique culturelle. Je passe donc le micro à Ousmane avec ses invités. Il y en a trois autour de la table.
Ousmane : Bonjour à nouveau. On a El Detter qui m’a dit qu’il venait avec un de ses amis, lui aussi rappeur et nous avons Gertrude de Paris Macadam. Mais bon…
Reda : C’est « Encore » qui tourne en fond.
Ousmane : Voilà, c’est le son de…
El Detter : El Detter
Ousmane : El Detter qui tourne à fond.
Reda : Il faut le dire (rires).
Ousmane : Donc voilà. En fait, je voulais commencer la rubrique avec Gertrude. Tout de suite, je vais aller droit au but. Age, situation familiale, code postal, identité nationale (rires). Comment devient-on directrice artistique de Paris Macadam.
Reda : On dirait qu’elle a peur.
Gertrude Dodart : C’est un mélange de hasard et de choix. Mon âge ? J’ai 49 ans, Macadam en a 15, donc tu choisis ce que tu préfères. J’habite Paris. Paris Macadam se situe aussi à Paris.
Reda : 75020 ?
Gertrude Dodart : 18.
Reda : 75018. D’accord.
Gertrude Dodart : Mais on bouge beaucoup, on travaille un peu partout y compris à Saint-Denis. Pas à Pau, parce que vous avez parler de Pau tout à l’heure. Je suis très de découvrir El Detter.
Reda : Valenciennes, dans le Nord, dans le 59 ?
Gertrude Dodart : En tous les cas, j’irais volontiers.
Reda : Tu entends Ben ?!
Ousmane : Donc, tu disais…
Gertrude Dodart : Il te manque des éléments ?
Ousmane : Situation familiale ?
Gertrude Dodart : Va sur Facebook (rires) !
Ousmane : Je te remercie pour l’information. Facebook déjà, c’est une information qu’on donne. Voilà. Je sais que…
Reda : L’identité nationale !
Ousmane : c’est Paris Macadam. A quoi sert cette association ?
Gertrude Dodart : En fait, l’association… Donc, je suis la fondatrice. Je ne l’ai pas fait par hasard. Après le fait que ça existe toujours, je pense qu’il y a beaucoup d’éléments liés au hasard et à la politique qu’on subit. Donc Paris Macadam, c’est pour agir, c’est pour faire. C’est une structure qui est assez militante, contre les discriminations, pour l’accès à la culture et à la création pour tous. On travaille beaucoup en collectif, dans un état d’esprit festif. Et moi, je ne sais faire que de l’art. Voilà, donc, ça m’a souvent aidée à titre personnelle face à des difficultés. Tu le sais sans doute. Toutes les formes d’expressions artistiques font du bien.
Ousmane : Je sais que ce n’est pas la première fois que tu te retrouves avec des personnes du Comité des familles. Dis-nous quels souvenirs as-tu gardé, depuis tout ce temps-là avec le comité ?
Gertrude Dodart : ça fait tellement longtemps, tu te souviens dimanche (rires). On s’est croisé, on se croise une fois par an au moins. Il y a deux ans, j’avais fait un spectacle qui s’appelait « les illusions contaminées » et j’avais rencontré une dame qui avait aimé ce spectacle. On jouait dans un centre social avec des personnes qui rencontraient certaines difficultés, qui avaient participé à la création. Et puis, ensuite, je suis venue ici l’année dernière parce qu’on préparait l’écriture d’un scénario sur l’histoire de personnes touchées par le virus d’une manière ou d’une autre. Et puis là, on se retrouve ensemble. On est voisins. Peu à peu, on se fait confiance.
Reda : On tenait à vous inviter à la Maison des familles puisqu’on a mangé ensemble ce midi avec des crêpes pour le dessert (rires). Il faut être précis, c’est important.
Gertrude Dodart : Et je vous ai invité plusieurs fois aussi.
Reda : C’est vrai en plus. Bah on viendra.
Ousmane : Je pense que ça ne va pas tarder, d’où justement l’intérêt de t’inviter à l’émission. Donc, c’est vraiment pour essayer de voir comment on pourrait répondre à tes invitations.
Gertrude Dodart : Mais c’est très gentil. Vraiment, je suis ravie, je trouve que c’est bien.
Ousmane : Gertrude ! L’amour avec le VIH, qu’en penses-tu ?
Gertrude Dodart : Ecoutes, moi, je suis la génération « sida » comme toi (Ali). C’est très compliqué. L’amour, la mort. Enfin, je veux dire que ça va avec. Je trouve que c’est lourd. Après, il n’y a pas que le sida qui peut poser un problème. Après j’en pense que… je ne sais pas, j’entendais la jeune fille qui parlait, ça peut aussi arriver à pleins de jeunes gens. Aujourd’hui, les soins sont plus accessibles. S’il y a des indemnités pour les personnes concernées, ce qui n’était pas le cas au départ. Tout le monde perdait son boulot, et c… Je trouve malgré tout… on ne va pas passer notre temps à leur dire « Attendez, c’est bien maintenant par rapport à avant ». Je persiste à penser que ça change complètement le regard sur la vie. Donc, ça nécessite une maturité qui n’est pas du tout acquise quand les gens apprennent la nouvelle. Et après, pour ceux qui ne l’apprennent pas, ça nécessite de telles préventions que ce n’est pas possible de les tenir.
Ousmane : Et pour toi, l’amour ? Meilleur, avec ou sans préservatif ?
Gertrude Dodart : Bah pour moi, l’amour c’est le sens de la vie donc je ne sais pas quoi te dire. Evidemment, il faut prendre des préservatifs. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?
Reda : Qu’est-ce qui est meilleur ? Avec ou sans ?
Gertrude Dodart : ça, c’est une question personnelle (rires). Et toi ?
Reda : Sur l’appréciation esthétique et artistique (rires).
Ousmane : Qui peut adhérer à Paris Macadam ? Est-ce que c’est donné à tout le monde, c’est ouvert… ?
Gertrude Dodart : Bah on fait un peu attention à avoir des gens biens comme toi, comme nous, comme ceux qui nous écoutent. Mais a priori, ça va assez vite. Les gens trouvent sur Internet, le site parismacadam.fr et puis c’est surtout la bouche-à-oreille. On fait beaucoup d’actions dans les quartiers sur l’est parisien, dans le 93. On se rencontre toujours sur des opérations festives, collectives d’ordre culturel et citoyen. Ça peut pour la préparation d’un repas, d’une scène, d’un spectacle, d’un évènement pour faire découvrir un quartier. Après des bénévoles viennent nous aider. En général, on ne leur demande pas forcément de l’argent, on demande du temps.
Ousmane : Du coup, ce que je voulais dire, quel est ton message à l’endroit de toutes ces familles qui nous écoutent.
Gertrude Dodart : Moi, je pense qu’il faut garder l’énergie vitale. Je pèse mes mots. Il y a des tas de gens qui ne sont pas touchés par le virus et qui ne sont absolument pas énergiques et pleins de vie. Ce n’est pas forcément où on croit cette dynamique de vie. Mais c’est vraiment important de se croiser, de se voir, de s’entraider. Et ça, j’ai envie de le dire à tout le monde, pas uniquement aux personnes qui sont touchés par le HIV. Si on ne fait pas ça… c’est une question de nature humaine. En tout cas, c’est ma nature.
Transcription : Wilfried Corvo