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Le Procès du Sidaction | Financement de la lutte contre le sida | Pierre Bergé

Sidaction : Charity Sida Business

1er septembre 1996 (altermedia.info)

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Voir en ligne : Charity-Sida-Business

On trouvera ci-dessous un texte déjà ancien (10 ans !) mais qu’il ne sera sans doute pas inutile de relire en ce week end de Sidaction…

Si importante soit-elle, la manne du Sidaction ne rend pourtant que très faiblement compte de l’enveloppe globale officiellement consacrée à la lutte contre le sida. Chacun a pu entendre le ministre de la Santé faire état, sur toutes les chaînes de télévision, d’une masse budgétaire de 6 milliards de francs pour l’année 1995, soit un milliard de plus que ce qu’indique L’Express dans sa livraison du 30 mai 1996. Cet hebdomadaire aura au moins eu le mérite de rappeler un certain nombre de vérités, notamment que « 67% des crédits d’Etat pour la prévention ont été sous-traités aux associations » et qu’une partie des fonds publics est détournée - parfois avec la complicité de hauts fonctionnaires (financement, par exemple, de la « Gay Pride » par le docteur Girard, directeur général de la santé) - de leur finalité déclarée. Evaluer le coût des associations et des actions menées en France dans le cadre de la « lutte contre le sida » sur la seule base des comptes du Sidaction n’a donc pas de sens.

Il y a deux mystères que le grand public se voit interdire d’élucider : le niveau réel du budget des principales associations en cause, alimenté de toutes parts (subventions de divers ministères, de collectivités locales, d’organismes privés), ce qui fera l’objet d’un prochain article intitulé « La manne publique de l’homosexualité » ; l’utilisation des fonds recueillis.

Un rapport de la Cour des Comptes sur l’Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS) avait déjà, antérieurement au Sidaction de 1994, stigmatisé l’opacité des budgets de ces associations : « L’Agence aurait distribué des subventions à de nombreuses associations qui Å“uvrent pour la prévention “sans contrôle suffisant†? de leur utilisation selon la Cour. Même les associations qui ont encaissé plus d’un million de francs n’ont fourni aucun bilan chiffré de leur action, contrairement à ce que leur impose la loi. » (Le Monde du 11 octobre 1993).

L’Evènement du Jeudi du 22 au 28 février 1996 rappelle, entre autres : « Le 9 février 1986 se tient un superbe gala à l’Opéra de Paris, qui réunit toute la gauche mondaine. La soirée bénéficie d’un parrainage prestigieux : Laurent Fabius et madame, Danielle Mitterand et Pierre Bergé… Le gala rapporte à l’association Les Gays pour les Libertés, qui l’a organisé, entre 1,3 et 1,5 million de francs… L’argent, héla, fond comme neige au soleil… 400.000 f seulement arriveront dans la caisse d’Apparts ». Cette association était censée construire des « appartements thérapeutiques ». Elle va subir un redressement judiciaire

C’est par ses fédérations régionales ou à travers elle que l’association Aides, la plus importante au sein du collectif Ensemble Contre le Sida, est particulièrement mise en cause.

« Je suis volontaire au groupe de soutien de Aides-Provence. A ce titre, je peux affirmer que votre dénonciation de l’opacité et de copinage à Aides est en deçà de la vérité. Sait-on que les subventions destinées à l’intégration des enfants séropositifs à l’école n’ont débouché, à ma connaissance, sur aucune intervention de terrain ? Sait-on que les dernières assises de Aides à Marseille ont coûté 1.700.000 F ? » de Frédéric Guillin, Marseille (L’Evènement du Jeudi).

Cette antenne régionale aurait mieux fait de se taire : selon L’EDJ du 22 au 28 février 1996, Aides-Provence a consacré, sur les fonds Sidaction, 30.000 F à la « consolidation des relations franco-maghrébines ». La même source indique les abus d’autres antennes régionales : Aides-Alsace : 71.000 F aux « ressourcement et rencontres transversales » (sic), Aides-Toulouse : « 46.060 F à la bureautique et à la photocopie, 106.454 F au mobilier, 21.524 F à la bureautique et au mobilier de nouveau, 19.214 F au mobilier une nouvelle fois, et 17.000 à… la bureautique et au photocopieur ».

Le même numéro de L’EDJ rapporte : « Pour nombre d’associations, ECS est d’abord un partage de gâteau entre copains. Les dirigeants de ECS sont issus essentiellement d’Aides, d’Act-Up et d’Arcat-Sida. Et c’est ECS qui sélectionne les dossiers présentés devant la Fondation. « Ils ont accaparé près des deux tiers des fonds » accuse Patrick Denis, président d’une association proche du RPR,, le Rassemblement des Gays Libéraux… La conclusion est claire : la nomenklatura du Sida privilégie l’intérêt de ses structures au détriment de ses réalisations… Patrick Denis a porté plainte contre ECS pour abus de bien sociaux, trafic d’influence, détournements de fonds et abus de confiance… ».

Nul ne s’étonnera donc du montant des salaires versés à certains dirigeants (40.000 F/mois.à Arcat-Sida, l’association présidée par Pierre Bergé, PDG de Yves Saint-Laurent). On trouve encore dans l’EDJ précité cette révélation : « A l’automne dernier, Gilles-Olivier Silvagni, président de Solidarité-Plus, attaquait frontalement : « Ce sont des gens qui se sont auto-désignés. Tout est venu de l’initiative d’un membre influent d’ECS, Pierre Bergé, milliardaire dit de gauche, jadis mitterandien, puis balladurien, chiraquien enfin… et qui, au bout du compte, place sa fidélité du côté de l’argent, du côté des groupes de pression, du côté des lobbies ». ?),

« Cette impression d’opacité, de main-mise de quelques uns, est renforcée par le fait qu’ECS a déjà changé deux fois de statuts… (et que) le changement n’est pas neutre : dans la seconde version des statuts, la référence à la transparence a disparu ». (Rémi Darne, président de l’association des communistes combattant le Sida, toujours dans le numéro de l’EDJ du 22 au 28 février 1996).

Nul ne s’étonnera donc de la démission spectaculaire du poste de secrétaire général d’Ensemble Contre le Sida (E.C.S) qu’occupait Christophe Girard (second de Pierre Bergé chez Yves Saint-Laurent) à la suite de la parution, dans Le Monde du 1er septembre 1995, d’un article signé par huit membres d’associations, dont Laurent de Villepin, rédacteur en chef du Journal du Sida (mis aussitôt à pied par Pierre Bergé, éditeur de cette revue). Les signataires avaient osé dénoncer les « dérives bureaucratiques et corporatistes » des associations, leur « prétention à représenter toutes les personnes atteintes » et l’usage fait d’un « afflux inattendu d’argent » ; et ils avaient effrontément posé cette question : « Pourquoi le corps social continue-t-il de déléguer la gestion d’une épidémie qui concerne tout le monde à une minorité agissante ? ». Eux aussi, tous salariés d’Arcat-Sida, furent menacés de licenciement par leur président Pierre Bergé, lequel, devant la difficulté de l’opération, démissionna finalement d’Arcat-Sida… pour se faire élire président d’ECS !…

Le retournement progressif de l’opinion publique, qui s’est traduit par une baisse considérable de la dernière collecte nationale, a pour cause majeure l’écoeurement du citoyen lambda devant le constat d’échec d’une stratégie visant à injecter, dans un gouffre sans fond, des sommes colossales pour lutter contre un fléau qu’un simple changement de comportement suffirait à enrayer.

Thomas MONTFORT (septembre 1996)

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