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Bernard Hirschel | Contamination et prévention | Suisse
Sida : la grande confusion
4 février 2008 (Le Matin (Lausanne))
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En rendant publique la possibilité pour les couples sérodifférents d’avoir des rapports sexuels non protégés, à condition que le partenaire infecté soit au bénéfice d’une trithérapie efficace, la Commission fédérale pour les problèmes liés au sida met dans l’embarras les organismes de prévention sur le terrain
Il est rare que l’on s’en prenne au messager d’une bonne nouvelle. C’est pourtant ce qui arrive cette semaine au professeur Bernard Hirschel, responsable de l’unité VIH-sida des Hôpitaux universitaires de Genève. L’info selon laquelle les personnes séropositives qui suivent une trithérapie avec succès depuis au moins six mois, peuvent avoir des rapports sexuels non protégés sans risque de contaminer leur partenaire, est un vrai message d’espoir pour les couples dits « sérodiscordants », soit un partenaire séropositif et un séronégatif, désireux d’avoir un enfant autrement que par insémination artificielle. Le risque de contamination, 1 sur 100 000 selon l’OFSP, est infime. Au partenaire non infecté de le courir, en toute connaissance de cause, et avec le conseil et le soutien d’un médecin.
Le problème réside dans la stratégie de communication de la Commission fédérale pour les problèmes liés au sida (CFS), dont fait partie Bernard Hirschel, et celle de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).
En portant cette information à la connaissance du public, ils ne facilitent pas la tâche des professionnels chargés de la prévention sur le terrain. D’autant que le Conseil national français du sida affirme en réaction qu’il est prématuré d’annoncer qu’une personne infectée par le VIH, même au bénéfice d’une trithérapie efficace, ne transmet pas le virus. Des réserves partagées par l’OMS et la commission européenne en charge du dossier.
Débat délicat
Chargée de la prévention et de l’information au Groupe Sida Neuchâtel, Anne Evard ne mâche pas ses mots : « C’est une bombe nocive que lâchent la Commission fédérale et l’OFSP ! Cette information ne devrait être dispensée qu’aux personnes concernées, notamment ces couples sérodiscordants qui par ailleurs le sont déjà via leur médecin ; mais pour le grand public, et je pense surtout aux jeunes, cela peut prêter à confusion et induire l’idée qu’il n’est plus nécessaire de prendre les précautions habituelles telles que le préservatif ». Le débat est délicat : faut-il privilégier l’information exhaustive ou la clarté, quitte à tronquer la vérité ? Bernard Hirschel : « Il y a trop de gens qui pensent que le public est stupide ; je pense qu’une information sérieuse doit être juste et complète, que l’on ne doit pas la simplifier. » Stupidité ? Le problème n’est pas l’intelligence du public, mais le temps consacré à s’informer ; quand je vois la presse titrer : « Virus du sida : les rapports sexuels sont possibles sans préservatifs », cela me fait peur car l’on sait que la plupart d’entre nous, et encore une fois les plus jeunes, ne font que parcourir les titres », s’inquiète Anne Evard.
Du côté de l’OFSP, on reconnaît l’ambiguïté de la démarche, comme le souligne Roger Staub, chef de la section sida : « Nous aurions voulu que seuls les médecins soient informés, mais comme cela passe obligatoirement par une publication dans le Bulletin des médecins suisses, cela attire l’attention du grand public ; raison pour laquelle il a été décidé de prendre les devants en portant cette information à la connaissance des médias. Nous rappelons par ailleurs que la prévention habituelle, le préservatif notamment, reste valable pour tout le monde ».
Ivan Radja