Fonds mondial contre le sida | Michel Kazatchkine
Michel Kazatchkine, directeur exécutif du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme : "Doubler ou tripler les financements"
12 mars 2007 (Le Monde)
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Voir en ligne : Michel Kazatchkine, directeur exécutif du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme :
La conférence de reconstitution financière du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme s’est achevé mercredi 7 mars, à Oslo. Après avoir été président du comité technique d’examen des programmes puis vice-président du conseil d’administration de ce Fonds, vous avez été élu, en février, au poste de directeur exécutif. Que cela représente-t-il à vos yeux ?
J’en suis très heureux, à titre personnel mais surtout parce que cette élection traduit une reconnaissance de l’action de la France dans la lutte contre le sida. Dès 1997, par les voix de Jacques Chirac et Bernard Kouchner, la France avait lancé, à Abidjan, un appel en faveur de l’accès aux traitements pour les pays pauvres. De même, la France a joué un rôle majeur, en 2001, dans la mise en place du Fonds mondial. Notre pays a toujours défendu l’idée de conjuguer prévention et traitement, et a totalement souscrit politiquement au modèle du Fonds mondial.
Quels sont les atouts de celui-ci ?
Le Fonds n’est pas une agence internationale supplémentaire. C’est une structure légère, qui distribue, avec une rapidité inhabituelle parmi les institutions internationales, des sommes d’une ampleur sans précédent dans la lutte contre le sida. Il finance deux tiers de l’aide internationale sur la tuberculose et 50 % de l’aide sur le paludisme. Le Fonds opère à une échelle où il peut faire la différence. C’est le cas, en particulier, avec le paludisme, qu’il est possible d’éradiquer.
De plus, le Fonds a acquis une légitimité incontestée. Les projets de programmes sont élaborés par les pays, et non dictés par le Fonds. Dans chaque pays, ils sont montés en coordination par les pouvoirs publics, les ONG et leurs partenaires. Toutes les décisions sont prises par un collège réunissant donateurs et récipiendaires, gouvernements et société civile, personnes vivant avec le VIH, partenaires publics et privés, représentants du Nord et du Sud... Nous sommes loin du schéma de la coopération bilatérale.
A l’inverse, quelles sont ses faiblesses ?
Essentiellement, le fait que la qualité des programmes mis en oeuvre varie selon les pays et les partenaires que l’on y trouve. Néanmoins, 85 % des programmes sont performants. Mais il faut faire mieux. Le Fonds a arrêté plusieurs programmes en raison de dysfonctionnements, en Ukraine, en Ouganda, en Birmanie ou au Sénégal.
Quels sont les objectifs financiers du Fonds ?
Notre objectif sur cinq ans est de doubler ou de tripler les 2 milliards de dollars (1,5 milliard d’euros) actuels de financements annuels. Mais nous ne changerons pas de modèle économique : ce sera toujours un financement fondé sur la performance. Les nouveaux financements n’arrivent que si les précédents ont été bien employés. Cette efficacité se traduit concrètement, par exemple par les 400 000 personnes sauvées de la mort par le paludisme grâce aux 18 millions de moustiquaires imprégnées d’insecticide financées par le Fonds. Depuis sa création, le Fonds a sauvé plus de 1,5 million de vies.
Les ONG dénoncent le décalage entre les ressources nécessaires à la riposte mondiale contre le sida, soit de 8 à 10 milliards de dollars par an, et celles mobilisées pour le Fonds. Leur inquiétude est-elle justifiée ?
La pérennisation des ressources du Fonds est une énorme question. Il ne faut pas se faire d’illusion : ces ressources n’augmenteront que par un accroissement de l’aide publique au développement (APD). Je remarque cependant que la part de la santé dans l’APD croît moins vite que l’ensemble de l’APD. Cette dernière s’est accrue de 80 % entre 2000 et 2004, mais la croissance de la part consacrée à la santé n’a été que de 55 %. En France, la part de l’APD consacrée à la santé était de 4 % en 2004, contre 11 % pour la Grande-Bretagne.
Beaucoup trop de pays, dont la France, demeurent encore très loin de l’objectif de 0,7 % du PIB dévolu à l’APD. Les Etats-Unis en sont à 0,22 %, la France à 0,15 %. Cela relève d’une décision politique. Il faut développer les mécanismes de financement innovants, comme Unitaid et, j’espère, demain, la Facilité financière internationale proposée par les Britanniques, qui pourrait apporter plusieurs milliards de dollars.
Quelles seront vos priorités une fois entré en fonctions, en avril ?
Outre la pérennisation des ressources, ce sera de construire les partenariats nécessaires avec l’Onusida, l’Organisation mondiale de la santé... mais aussi au niveau des pays. Par ailleurs, je ferai faire un audit du Fonds. En tout cas, je n’ai pas l’intention de gonfler ses effectifs. L’expérience a prouvé qu’il était possible de gérer des milliards de dollars avec 250 personnes.
Vous étiez jusqu’ici ambassadeur de France pour le sida et les grandes pandémies. Ce poste sera-t-il maintenu ?
Oui, j’aurai bientôt un successeur.
Propos recueillis par Paul Benkimoun
Chiffres
Action globale. En cinq ans, le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme a reçu 9 milliards de dollars (6,8 milliards d’euros) de promesses de dons et a engagé 7 milliards de dollars (5,3 milliards d’euros) pour des programmes dans 136 des 139 pays pauvres ou à revenus intermédiaires considérés comme éligibles.
Traitements. Au 1er décembre 2006, 700 000 personnes avaient pu bénéficier d’un traitement antisida grâce au financement du Fonds mondial.
Financements 2007. Le coût total des deux premières années des projets qui devraient être approuvés cette année, dans le cadre du septième cycle de financement, se monte à 965 millions de dollars (734 millions d’euros). Le Fonds dispose à ce jour de 497 millions de dollars (378 millions d’euros), le reste étant à trouver.
