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Dix ans de trithérapie au Nord, trop peu de patients en bénéficient au Sud
7 décembre 2006 (AFP)
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Par Annie HAUTEFEUILLE
PARIS (AFP) - Dix ans après l’arrivée des premières trithérapies, les personnes infectées par le virus du sida sont devenues des patients chroniques dans les pays riches, alors que l’accès aux traitements ne progresse que lentement dans les pays pauvres.
"La trithérapie permet d’envisager une durée de vie de vingt ans, trente ans ou plus", a souligné jeudi le Pr Christine Katlama (Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris) en faisant devant la presse le bilan de dix années de trithérapie.
"Tout n’est pas gagné", même si les traitements se sont "considérablement simplifiés", dit-elle, car les médicaments antirétroviraux entraînent des effets secondaires et l’apparition de virus résistants complique le combat.
"En quinze jours, on peut rendre un virus résistant à un médicament, si on ne l’a pas pris correctement", précise son collègue Vincent Calvez, soulignant que le VIH est un des agents infectieux dont le génome est le plus variable.
Pour combattre le virus du sida, on dispose actuellement de 17 antirétroviraux, classés en quatre familles de médicaments.
En l’absence de résistance, si tous les médicaments sont capables d’agir contre le virus, le traitement est un succès dans 80% des cas, mais lorsque le virus est résistant à au moins un ARV, le taux de succès avoisine en moyenne les 40%, explique-t-il.
"Le meilleur moyen d’éviter une résistance, c’est de bien prendre son traitement", conseille-t-il.
Mais ces médicaments "vitaux ne sont pas anodins au long cours", c’est pourquoi "on cherche des alternatives", ajoute le Pr Katlama.
Un espoir avait été placé dans la possibilité d’interrompre temporairement les trithérapies. Les résultats d’un essai clinique international publiés mercredi dans la revue américaine New England Journal of Medicine montre qu’en cas de thérapie antirétrovirale intermittente, le risque de progression du sida ou de décès fait plus que doubler.
Cet essai SMART montre que "si on arrête le traitement, le virus repart", mais "comment va-t-on pouvoir tenir trois ou quatre décennies avec les traitements", s’interroge le Pr Katlama, évoquant les risques de complications cardiovasculaires notamment.
Une étude a été lancée en 2006 en France pour recenser les cas de cancers chez les porteurs du VIH et leur évolution.
Dans les pays en développement, seulement 1,6 million de malades bénéficient de traitements sur près de 7 millions qui en ont un besoin urgent, selon l’Onusida. L’accès aux trithérapies reste une question de vie ou de mort, alors que le VIH tue près de trois millions de personnes par an dans le monde, dont plus de deux millions sur le seul continent africain.
"C’est une urgence", car il faut éviter, souligne le Pr Katlama, que "nos collègues au Sud vivent ce qu’on a vécu pendant dix ans, en voyant mourir nos malades" avant l’arrivée des trithérapies.
A la veille de la Journée mondiale du sida, l’organisation Médecins Sans Frontières a invité à "s’attaquer sérieusement au problème du coût élevé des nouveaux médicaments", du fait d’obtacles à la production de génériques bon marché, faute de quoi l’avenir des traitements risque d’être compromis.
Les nouveaux traitements de première ligne recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) peuvent être jusqu’à six fois plus chers que les combinaisons les plus utilisées aujourd’hui. Quant aux médicaments dits de seconde ligne à prendre en cas de résistance aux premiers, ils peuvent, selon MSF, être 50 fois plus chers.