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Afghanistan
Le nombre des séropositifs multiplié par sept en cinq ans en Afghanistan
24 novembre 2006 (Tageblatt.lu)
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les usagers d’héroïne à Kaboul sont passés de »7.000 en 2003 à 14.000 en 2005 ». Farid Zama, du centre de désintoxication Nejat, raconte que jusqu’à »dix usagers se partagent parfois une seule seringue ».
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Avec huit séropositifs en 2001, 61 aujourd’hui, l’Afghanistan, qui se remet déjà difficilement de nombreuses années de guerre, craint de devoir à terme aussi affronter une propagation du Sida, associée à un usage croissant d’héroïne.
Longtemps, l’Afghanistan n’a été connu que comme un pays producteur d’opium (92% de la production mondiale selon l’ONU). Mais la chute des talibans en 2001 a entraîné le retour de nombreux réfugiés initiés à la consommation au Pakistan et en Iran.
Un marché interne s’est développé, avec une héroïne de bonne qualité et peu chère (environ 300 afghani le gramme, quand un pain en coûte 50, soit 1 USD) fabriquée dans des laboratoires clandestins dans le pays.
Mohammad Zafar, du ministère de lutte contre la drogue, créé en décembre 2004, relève que les usagers d’héroïne à Kaboul sont passés de »7.000 en 2003 à 14.000 en 2005 ». »40 à 50% des réfugiés consomment de l’héroïne et 20 à 30% du haschich », note-t-il, chiffrant les usagers de drogue au total à environ un million sur 30 millions d’habitants.
»Il y a un problème parce que la production augmente constamment. La mafia de la drogue, qui ne pourrait se maintenir sans protections jusqu’à un haut niveau, est partout et veut produire et vendre toujours plus », regrette-t-il, relevant par ailleurs que »l’argent de la drogue » sert parfois aussi à financer les militants anti-gouvernementaux, comme les talibans.
Le Sida a suivi, notamment véhiculé par le partage de seringues. Farid Zama, du centre de désintoxication Nejat, raconte que jusqu’à »dix usagers se partagent parfois une seule seringue ».
Le docteur Saifour Rehman, du ministère de la Santé, chiffre à 61 les cas confirmés de Sida en Afghanistan, dont 18 femmes et 15 usagers de drogue. »Il y a de 1.500 à 2.000 personnes suspectées », ajoute-t-il. »La majorité sont des usagers de drogue », en raison des seringues mais aussi parce que les drogués »ont plus de relations avec les travailleurs du sexe ». Il se dit »inquiet » d’une explosion de la maladie.
En attendant, les autorités préconisent l’ »ABC, abstinence, be faithful, condom using (abstinence, fidélité, usage du préservatif) », explique M. Saifour Rehman, relevant que le B est le plus facile à promouvoir culturellement dans un pays où les autorités religieuses ont une forte influence.
Trois ONG et un hôpital public interviennent envers les usagers de drogue. Les centres Nejat et Zendegi-e-Nawin, financés par des ONG, comme la section de toxicologie de l’hôpital de santé mentale de Kaboul, font appel au sevrage, avec une capacité de 40 lits pour des cures de 10 à 15 jours.
Le traitement est draconien : crâne rasé pour l’hygiène et pour que les usagers ne s’arrachent pas les cheveux pendant les crises de manque, uniforme genre bagnard, et douches froides quand les douleurs sont trop violentes.
Depuis début octobre, Médecins du monde (MDM) mène pour sa part un programme de réduction des risques. Son action principale est la distribution de kits d’injection sur les lieux de consommation, comme Tchaman Ouzouri ou Koote Sangui, et dans un centre d’accueil par une équipe d’une dizaine de personnes intégrant d’anciens ou d’actuels consommateurs.
Les produits de substitution, notamment la méthadone, ne sont pas autorisés en Afghanistan. »Avec le peu de contrôle que nous pouvons avoir vu le délabrement du pays, la méthadone risquerait de s’envoler des pharmacies et de se retrouver sur le marché clandestin », explique M. Zafar.