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Chikungunya | Hépatite C (VHC)
Décès de trois toxicomanes atteints de l’hépatite C et du chikungunya
15 avril 2006 (Le Mauricien)
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Deux toxicomanes sont décédés dans le courant de la semaine dans la région des hautes Plaines-Wilhems. Si officiellement leur mort est attribuée à l’Hépatite C, cependant le fait qu’ils souffraient aussi du chikungunya peu avant vient relancer le débat autour de cette maladie et de son mode de transmission. Et hier, un troisième toxicomane, séropositif, patient du Centre Idrice Goomany (CIG), est décédé des mêmes pathologies. Si des travailleurs sociaux se posent des questions quant à l’incidence du virus du chikungunya sur l’Hépatite C et la possibilité que ce virus précipite la mort chez le toxicomane atteint de cette pathologie, un virologue connu pour sa compétence mais qui préfère garder l’anonymat, confirme que le risque de transmission du chikungunya par le biais de seringues souillées existe, dans certaines conditions.
La mort d’un patient du Centre Idrice Goomany (CIG), toxicomane et séropositif, qui avait contracté le chikungunya et " qui était alité depuis environ trois semaines à cause de cette maladie ", indique Imran Dhannoo, directeur du centre, provoque d’inévitables questions relatives à l’incidence de cette maladie qui affecte les Mauriciens depuis maintenant plusieurs mois. Et davantage chez les personnes les plus vulnérables, dont les toxicomanes, de surcroît, ceux étant porteurs du VIH/Sida. " Ces personnes sont exposées aux multiples virus, explique Imran Dhannoo. De surcroît, de par leur condition fragilisée quand ils sont séropositifs, ils deviennent des proies faciles aux "opportunist infections" dont le chikungunya. "
Dans le courant des semaines écoulées, deux toxicomanes sont décédés dans la région de Curepipe/Cité Mangalkhan. Ces deux personnes, toxicomanes Usagers de Drogue par Voie Intraveineuse (UDVI), avaient contracté, dans les jours précédents, le chikungunya. " Ils s’étaient rendus dans les bois, explique B.M, un travailleur social de la région curepipienne qui a rencontré les deux victimes peu avant leurs décès. Ils cueillaient du "fataq" pour confectionner des balais et ils ont été piqués par des moustiques. Ils ont présenté des symptômes du chikungunya très rapidement. " Quelques jours après, ces toxicomanes se sont rendus dans des hôpitaux pour se faire soigner. Le travailleur social ajoute encore que " les tests qu’ils ont subi étaient positifs. Quelques jours plus tard, les médecins ont également diagnostiqué l’Hépatite C chez ces deux toxicomanes. " B. M confirme qu’ils présentaient des symptômes d’Hépatite C (jaunisse) accentué ; " l’un d’eux avait les yeux très jaunes. ". Il se demande, à ce propos, si " le chikungunya n’accentue pas l’Hépatite C chez les toxicomanes ? " Se posent donc la question si le chikungunya ne précipiterait pas la mort chez les porteurs d’Hépatite C, de même qu’existent des interrogations relatives à la transmission du chikungunya par le biais de seringues souillées.
Selon le Dr Faysal Sulliman, attaché au Centre Idrice Goomany, qui traite de la toxicomanie, " a ce stade, le chikungunya est une maladie encore peu connue de nos professionnels de santé. On a peu de données en ce qui concerne ses propriétés et ses répercussions sur d’autres pathologies existantes chez différents malades. De ce fait, l’on peut difficilement se prononcer quant à l’incidence du virus du chikungunya sur les porteurs d’Hépatite C. " Pour un virologue connu et respecté pour son savoir, mais qui tient à garder l’anonymat, " les risques de contamination par le partage de seringues souillées existent définitivement. " Ce scientifique explique : " Le virus vit très peu de temps à l’air libre. Donc, s’il s’en trouve sur l’aiguille de la seringue, au contact de l’air, ce virus meurt dans un laps de temps plutôt court. Cependant, si le virus se trouve dans le sang qui reste contenu dans la seringue et que celle-ci est utilisée par une autre personne, le risque de contamination est grand. "
Au niveau des centres de traitement de toxicomanes, les travailleurs sociaux ont noté " une définitive croissance de nombre de patients atteints du chikungunya, ces dernières semaines ", résume José Ahchoon, du Centre d’Accueil de Terre Rouge (CATR). Danny Philippe, du Centre de Solidarité (CDS), abonde dans le même sens. Constat confirmé par Imran Dhannoo, du Centre Idrice Goomany (CIG). Pour Nicolas Ritter, porte-parole de PILS, " ces nouvelles donnes viennent confirmer notre politique de plaidoyer en faveur d’un programme d’échanges de seringues. Cela pour protéger les toxicomanes contre les nombreux risques existants d’attraper diverses maladies auxquelles ils sont exposées. " Pour rappel, le Sida et les Hépatites B et C sont tous transmissibles par les seringues. " Quand on sait qu’un séropositif est très vulnérable et qu’il doit bien se prémunir contre les risques d’attraper toutes sortes de maladies virales, cela vient confirmer, une fois encore, que le problème de santé publique ne relève pas que du ressort de la criminalité, du social, de l’éthique ou de la morale ", conclut-il.