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Couples concernés par le VIH | Sénégal

Sénégal : un couple concerné par le VIH témoigne

1er mars 2006 (Sud Quotidien (Dakar))

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Les participants à l’atelier sur le VIH/ Sida sont repartis vers leurs localités respectives avec une résolution ferme de battre campagne contre le scepticisme, les comportements à risques et pour le dépistage volontaire.

Voir en ligne : Senegal linguère infection au VIH/Sida : un couple témoigne

Les témoignages de deux personnes séropositives et du médecin chef du district sanitaire de Linguère les ont bouleversés. Dans cette ville et des villages des communautés rurales de Labgar et Barkédji la pandémie progresse : 32 cas avérés et des malades qui disparaissent après une consultation au centre de santé.

« C’est en lui demandant des explications sur l’obligation du port de préservatif que mon épouse m’a révélé sa séropositivitéâ-oe » Une petite pause, un silence de cimetière envahit l’amphithéâtre du centre polyvalent de formation des producteurs de Linguère. La voix étreinte, transpirant abondamment, soutenu par un mouchoir blanc qui passait et repassait sur un visage émacié en dépit de l’air conditionné, l’homme poursuit : « Je ne pus dormir cette nuit et des nuits encore â-oe » Une seconde pause plus longue, des sanglots mal étouffés dans l’auditoire et le témoignage continue révélant que les résultats d’un test confirmèrent sa culpabilité : « C’est en 1991après un séjour prolongé à travers cinq pays de la sous- région que je suis revenu avec ce virus qui a emporté mon épouseâ-oe » Sanglots et invocations de Dieu échappent des poitrines des femmes, des jeunes filles et des dignitaires religieux. Son mea-culpa assumé il se résolut à s’investir dans la lutte contre cette pandémie qui le laissa seul avec des enfants à 38 ans. : « C’est un feu de brousse qui se propage à très grande vitesse et risque de tout emporter sur son passage dans cet espace où les valeurs refuges sont en nette déperdition. » Aujourd’hui il s’investit dans la bataille pour freiner la propagation du Sida en compagnie de sa nouvelle partenaire ; cette dernière est une victime du libertinage sexuel de son premier époux. Ecoutons son histoire :

« C’est à l’accouchement de mon deuxième enfant, un garçon, que les médecins m’ont suggéré de subir un test qui se révéla positif. Dans ma famille ce fut mon père qui me soutint et m’aida à surmonter les difficiles moments alors que j’étais en seconde année à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. » L’atmosphère s’alourdit. Les sanglots se font plus perceptibles. Son témoignage s’entrecoupera plusieurs fois soit pour essuyer la sueur dégoulinant sur son visage dont la finesse des traits n’a pas été altérée par la souffrance morale, physique, psychologique. Très forte, elle renseigne : « Je travaille dans uneâ-oe Je me consacre à mes deux enfants. Et cela fait 11 ans que nous vivons en couple. »

D’où vient cette capacité exceptionnelle de ces deux conjoints vivant avec le VIH Sida et menant une vie somme toute normale ? La réponse est sortie de la bouche d’Assane Sylla, imam d’une mosquée de Linguère et par ailleurs animateur d’une émission religieuse à la radio communautaire Jolof Fm : « Nous avons en face de nous de véritables croyants. Rendons grâce à Dieu le Miséricordieux et le Tout puissant et procédons à une introspection sérieuse et à un examen sans complaisance de nos conduites ! Les prescriptions du Saint Coran et les enseignements de son Prophète Muhammad ( Paix et Salut sur Lui), s’ils sont suivis scrupuleusement , non seulement vous ne connaîtrez pas le Sida mais vous aurez une vie heureuse et paisible sur terre et le Paradis sera votre demeure éternelle ! »

Les participants ont approuvé et prié pour cet homme et cette dame( elle est revenue vient de la Mecque ce 2 Février 2006) vivant avec le VIH depuis plus d’une décennie. Leurs itinéraires se sont croisés et leurs histoires se complètent. Lui a transmis le virus à sa première épouse et elle, c’est son premier époux,un émigré , qui lui a déposé ce cadeau infesté dans ce qu’une femme a de plus précieux.

C’est l’infection au VIH, le dénominateur commun de ce couple qui se mobilise contre la pandémie qui les a séparés d’êtres qu’ils chérissaient, qui hante le sommeil de Mme Fatou Mbaye Sylla, le médecin-chef de district de Linguère, des pairs éducateurs structurés au sein du Réseau des Jeunes, les dignitaires religieux et coutumiers, les femmes et les hommes. L’autorité médicale qui a réagi après les témoignages et les interventions des participants et participantes du séminaire organisé par le CEDPA(Center for the Development of Population Activities en anglais) en a ajouté à la gravité de la situation : « A ce jour, nous avons enregistré 32 cas suivis et traités aux ARV et organisés en association de personnes avec le VIH ! Mais c’est loin de l’amère réalité : cela ne représente pas le dixième des personnes infectées ! » Au regard de nombreux cas de personnes référées au centre de dépistage qui n’y vont pas, la faiblesse de s consultations prénatales et par conséquent les risques de transmission mère/enfant, la forte prévalence des IST, la mobilité des personnes et la forte proportion de jeunes de la population il est temps de prendre le taureau par les cornes, de sonner la grande mobilisation de tous les segments de la société. Le partenaire des jeunes de Linguère l’a compris en soutenant leurs activités dont l’impact selon le président, Abdou Aziz Ndiaye, est perceptible à travers le triplement du nombre de personnes qui se sont rendues volontairement au centre de dépistage de Linguère suite aux nombreuses causeries et visites à domicile qui ont touché plus de 65000 jeunes dans tous les quartiers de la ville. La présence massive des parents à la rencontre qui les mettait en face de leurs enfants pour parler de ce sujet longtemps tabou est également un indicateur qualitatif.


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