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Angleterre | Droits des femmes
Au Royaume-Uni, les médecins femmes sont un handicap
3 septembre 2004 (Courrier international)
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"Il y a trop de femmes en médecine", c’est le cri d’alarme poussé cet été par Carol Black à la une de l’Independent. L’éminente enseignante, qui préside le collège de médecine le plus réputé du Royaume-Uni, craint que la profession ne perde de son prestige. Selon elle, "il s’agit d’une bombe à retardement, la profession médicale n’aura bientôt ni pouvoir ni influence car les femmes sont trop nombreuses à vouloir y entrer". Le quotidien britannique, qui s’étonne de cette prise de position, rappelle qu’aujourd’ hui 60 % des nouveaux médecins sont des femmes. Les prévisions indiquent que d’ici à dix ans elles auront dépassé en nombre les hommes dans la profession.
Alors que pour de nombreux observateurs non médecins, cette tendance est positive, car elle conduit à une médecine plus humaine et plus proche des malades, Carol Black considère que la féminisation de la médecine ne peut qu ’être dommageable. "Il ne s’agit pas de mettre en cause les capacités professionnelles des femmes. D’ailleurs, nombreux sont les patients qui préfèrent être soignés par une femme", reconnaît-elle. "En Russie, l’ ensemble de la profession est entièrement aux mains des femmes, et que se passe-t-il ? La médecine stagne car elles sont mal payées et ignorées par le gouvernement."
Les commentaires de Carol Black, qui dit tout haut ce que de nombreux responsables médicaux pensent tout bas, arrivent au moment où le débat sur le travail des femmes et l’équilibre entre travail et vie de famille revient en force au Royaume-Uni. "Les femmes admises à l’école de médecine sont très bonnes, cela ne fait aucun doute. Les problèmes surgissent au moment de faire un choix de carrière. Les femmes choisissent en général de faire médecine dans le but de privilégier leur vie familiale. Elles se spécialisent dans des domaines qui leur laissent du temps libre, comme la dermatologie ou la gériatrie, mais très peu d’entre elles s’orientent vers la cardiologie ou la gastro-entérologie, spécialités qui demandent de longues heures de travail. Et ce qui me tracasse aujourd’hui c’est la disparition à terme de ces filières. Qui pourra enseigner la cardiologie dans vingt ans ?" argumente-t-elle.
"Les femmes s’excluent d’elles-mêmes des postes importants. Il faut les aider à se maintenir dans la course", renchérit le professeur Colin Blackmore, cité par The Independent, en réponse à Carol Black. "Si les hommes se détournent de la profession médicale, c’est aussi parce qu’elle a perdu de son intérêt financier et de la reconnaissance sociale ou académique", ajoute le Dr Judith Hulf, secrétaire générale du collège des anesthésistes.
Carol Black semble avoir été entendue. En effet, l’Association des médecins britanniques a rendu public en juillet un rapport sur ce problème. Ce rapport demande de façon urgente au gouvernement de prendre des mesures pour que les femmes puissent exercer pleinement leur métier et qu’elles puissent occuper des postes importants dans la hiérarchie médicale avant qu’une crise majeure n’éclate.
Anne Collet