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Mimouna Hadjam
Point d’info n° 2
AFRICA, quelle est son histoire ?
30 juin 2004 (AFRICA)
Un témoignage de Mimouna HADJAM, membre fondatrice et porte-parole de l’association :
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J’ai fondé cette association, avec des amis, surtout des amies, dans un contexte particulier : montée de l’extrême droite en France, montée de l’intégrisme en Algérie. AFRICA, porte en elle cette double spécificité : l’antiracisme et l’anti-sexisme.
Nous avons été de tous les combats : l’abolition de l’apartheid, la libération de Nelson MANDELA, la régularisation des sans papiers, le combat contre la double peine.
Avec l’arrivée de l’islamisme, l’ordre moral déferlait en Europe, remettant en cause les droits des femmes. Nous avons été pleinement de ce combat en tant que femmes et immigrées, marquant ainsi notre différence dans la différence.
C’est pour cela que nous nous sommes organisés (es) en association,
pour lutter pour l’égalité des droits Français / Immigrés, hommes/femmes, non pas par communautarisme, ni par ethnicisme, ni par goût religieux. Notre association regroupe, il est vrai beaucoup d’immigrés ou de français d’origine immigrée. En cela, elle ne fait que refléter une réalité sociologique des quartiers du 93. C’est vrai, nous nous
sommes appelés AFRICA, pour rappeler aux maghrébins qu’ils étaient originaires d’un continent ravagé par l’esclavage et aussi, pour rappeler aux français que le 1er homme avait certainement foulé le sol de l’AFRIQUE, il y a des millions d’années.
Oui, nous avons des marqueurs de mémoires auxquels nous tenons et nous avons des convictions. La paix, l’amitié entre les peuples en sont une, pour une
majorité d’entre-nous, ex colonisés ou enfants de colonisés et d’esclaves.
C’est pourquoi nous rejetons les guerres qui sont menées contre les peuples, car elles sont pour nous une négation de l’humanité. Oui, nous avons exprimé notre solidarité avec le peuple Palestinien et Irakien, victimes de guerres, tout comme nous l’avons fait avec les peuples Kurde, Ruandais, Algérien. Nous reprocher cette solidarité relève d’un non-sens, car elle fait partie de notre histoire, et nous l’avons inscrit statutairement dans notre objet. Tout le monde peut adhérer à AFRICA, à condition de respecter nos statuts : l’antiracisme, l’anti-sexisme, la laïcité et l’amitié entre les peuples.
Les activités destinées aux adultes sont strictement différenciées de celles en direction des moins de 18 ans. Que cela soit en termes d’horaires ou d’espaces.
Les activités de réflexion et d’échanges publics sur les questions de société, telles que le racisme, la mémoire et l’amitié entre les peuples, n’ont quasiment jamais bénéficié de soutien financier direct de la part de l’Etat et nous le déplorons. Elles sont menées grâce à un modeste, mais utile, financement du FASILD dans le cadre du projet lutte contre les discriminations.
Dans l’association, nous menons aussi des activités financées par l’Etat, telles que l’accompagnement scolaire, la permanence d’écrivain public, les cours d’alphabétisation, etc.
Ces activités de proximité sont de la plus grande utilité. Il suffit de faire un tour dans le quartier, pour comprendre
qu’AFRICA est la maison de tout le monde : on y vient pour un renseignement, pour apprendre le Français, pour faire ses devoirs, pour organiser un tournoi sportif ou une sortie. Personne ne s’est jamais senti exclu. Au contraire, les gens passent prendre un thé, un café, discuter.
Notre travail de proximité est une réalité quotidienne et nous prend ainsi beaucoup plus de temps. La population de La Courneuve, nous l’accompagnons aussi avec nos téléphones personnels, et nous n’hésitons pas à nous déplacer très souvent chez les gens pour les aider.
Notre association, avec son histoire, a très bien su articuler sa double spécificité : association d’action et de proximité.
Nous respectons la population à qui nous donnons quelques prestations, que nous jugeons bien insuffisantes au regard de la misère galopante, et qui ne sont, pour nous, qu’un acte premier de solidarité. Dans le même temps, nous voulons avoir le droit de parler, de dire nos opinions, dans le respect de la loi 1901.
La délégation d’AFRICA sera reçue, le 01 JUILLET 2004 à 14 heures, par le Sous-Préfet chargé de la Politique de la Ville.
Le compte-rendu de cette entrevue sera donné le jour même à partir de
18h 30, au local de l’association, soyez nombreux(ses).