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Point d’info n° 2
Délit de solidarité
30 juin 2004 (AFRICA)
Africa trop libre ou pas assez docile
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Un riche éventail d’activités toujours autour de la solidarité et de l’amitié entre les peuples
Depuis plusieurs années, le chômage fait des ravages dans les milieux populaires, ce qui entraîne la pauvreté, l’exclusion, la dégradation de l’environnement …Les commerces et les services publics désertent les quartiers populaires et les cités de banlieue, laissant une population pauvre s’installer dans la précarité et livrée à elle-même.
Une partie des problèmes de ces quartiers est prise en charge par des associations pour retisser le lien social et accomplir un travail de proximité dans les domaines sociaux, éducatifs, culturels… Ce sont les enfants scolarisés, les jeunes sortis du système scolaire, les femmes, les retraités qui sont les premiers bénéficiaires des actions de ces associations.
L’association AFRICA est installée depuis 17 ans à la cité des 4000. Le local est la première destination de ceux qui cherchent un renseignement, ont besoin d’écrire un courrier administratif, remplir un formulaire, s’inscrire à une session de formation etc.
Les femmes et les jeunes filles ont peu de lieux où elles se sentent à l’aise. AFRICA est l’une des rares structures qui leur permet d’avoir accès aux loisirs, à la culture, à la prévention contre les violences ou les comportements à risque…
Nous travaillons en partenariat avec les autres associations, les institutions, les services municipaux, dans les domaines éducatifs, culturels, sanitaires etc. Nous agissons aussi en tant que citoyens sensibles à ce qui se passe autour d’eux, qui s’expriment et prennent position sur les sujets de société. Nous ne sommes pas neutres. Nous avons choisi de travailler dans une cité, au milieu de la misère et de la pauvreté et nous prenons position en faveur des pauvres et des opprimés, partout où ils subissent l’injustice et la loi du plus fort.
Ces prises de position nous ont valu des sanctions de la part de la Préfecture se traduisant par des suppressions de subventions.
Nous subissons aussi des actes de vandalisme, des cambriolages, des menaces de la part de délinquants, des pressions des intégristes et, au milieu de tout cela : Africa. Notre situation est donc très loin d’être enviable.
Est-on en train de considérer qu’Africa est trop libre et qu’elle gagnerait à être docile ?
Nous estimons que cette décision préfectorale pénalise d’abord les habitants de la cité et la ville de La Courneuve.
Les premiers bénéficiaires de nos activités sont les habitants de la ville et leurs enfants, la décision de couper les subventions va sanctionner tous ceux et toutes celles qui bénéficient de l’accompagnement scolaire, de la formation, des programmes de prévention, de l’accompagnement social, de la permanence sociale, de l’écrivain public etc.
Pour ce qui est de nos positions antiracistes, nous n’avons pas à nous justifier, mais lorsque nous lisons des déclarations insultantes attribuées à la préfecture, nous accusant d’avoir, pour la deuxième fois, diffusé des tracts pro palestiniens qui « frisent l’antisémitisme » (le Parisien, 11/06/04), nos amis (es) Gisèle Halimi, Maurice Rajfus, Miguel Benassayag, et d’autres, apprécieront. Des jeunes « refuzniks » qui refusent d’effectuer leur service militaire dans les territoires occupés en 1967 sont venus, à l’invitation d’AFRICA, témoigner et dire ce qu’ils pensent de l’occupation et de l’oppression qui s’exercent sur les palestiniens. Leur témoignage aussi doit friser l’antisémitisme !
Oui, nous sommes aux côtés des palestiniens et des autres peuples opprimés. Nous sommes contre toute forme de colonisation et d’occupation, d’où d’ailleurs, le racisme tire ses origines. Le racisme n’a jamais visé un individu, en tant que tel, mais son appartenance à un peuple, à un sexe, à une culture…
C’est pour cela que nous sommes les premiers à réagir aux insultes racistes contre les juifs, les noirs ou les arabes. Nous sommes les premiers à alerter l’opinion, les élus locaux et les associations.
Africa s’honore d’avoir des adhérents et des amis qui, bien qu’ils ne se reconnaissent pas tous comme juifs, sont issus de cette culture. S’ils avaient ressenti la moindre once d’antisémitisme, ils nous auraient quitté et auraient eu raison. AFRICA a invité de nombreux conférenciers pour porter des explications sur l’antisémitisme. Abraham SARFATY était parmi nous dès 1993 à la Courneuve et dans le Nord, lors de nos 6 heures contre le racisme. Nous n’avons jamais voulu évacuer cette question, bien au contraire nous y avons fait face ,en invitant Leïla CHAHID, Nabil EL HAGGAR , Maurice RAJFUS, Miguel BENASSAYAG, tout comme nous avons invité Gisèle HALIMI et Joëlle KAUFFMAN pour nos débats sur les femmes. Tout comme nous avons invité Sarah ALEXANDER, avons participé à la nuit de la Shoah à Drancy et avons interviewé Tamir et Noam, Refuzniks Israéliens. Toutes ces initiatives n’étaient nullement prises pour nous « montrer », ni pour nous justifier. Elles étaient là, simplement parce que nous sommes des antiracistes conséquents.
La dernière en date était celle du 18 mai 2004 où nos militants nettoyaient les croix gammées et les « mort aux juifs », sur les murs de la cité des 4000.
Nous ne sous-estimons pas l’antisémitisme et l’avons écrit dans nos publications : antiracistes, totalement, et sans être sélectifs. Pour nous, toutes les formes de discriminations sont condamnables, c’est pour cela que nous ne pratiquons pas l’antiracisme sélectif en nous opposant clairement à toute forme de racisme.
Lorsque des gens du voyage se sont fait agresser par des enfants Maghrébins et Maliens nous réagissons : il s’agit de racisme. Lorsque des enfants juifs se font agresser par des arabes, nous réagissons : il s’agit de racisme. Lorsque des maghrébins sont humiliés, nous régissons : il s’agit du racisme. Nous ne voulons pas oublier qu’il y en a eu 3 jeunes d’origine Algérienne, morts assassinés dans notre cité de 1983 à 1987. C’est en réaction à cela qu’AFRICA s’est créée.
Nous pensons que les mesures prises contre notre association visent d’abord les Courneuviens parce qu’ils sont pauvres, parce qu’une partie des habitants est immigrée ou issue de l’immigration. La chasse aux pauvres est ouverte depuis quelques temps (sécurité sociale, retraite, conditions de travail) et la décision préfectorale s’inscrit dans ce cadre.
Au lieu de faire des économies sur les exonérations et les concessions faites aux patrons et aux actionnaires des grandes entreprises, on préfère en faire sur le dos des pauvres, tout en tentant de jeter le discrédit sur celles et ceux qui, quotidiennement, font tout leur possible pour faire reculer la misère et les injustices.
AFRICA continuera à lutter contre les discriminations et le racisme, sera toujours engagée auprès des pauvres, des laissés pour compte et des habitants de la cité. Si c’est cela qu’on nous reproche, qu’on nous le dise clairement.