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Portrait : Maurice Bernard, une mémoire des 4 000
14 février 2004 (survivreausida.net)
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À 74 ans, Maurice Bernard a bon pied, bon œil, l’esprit alerte et la mémoire vive. Né à Aulnay-Sous-Bois, il se rappelle de son enfance : « A l ‘époque, Aulnay c’était la campagne. Pour aller à l ‘école, je passais devant des fermes. Il y avait encore un maréchal-ferrant, et un bourrelier. »
À l’âge de 14 ans, il est déjà apprenti ajusteur. « Le patron était très dur. Il m‘engueulait sans arrêt. Il me faisait faire toutes sortes de tâches et ne s’occupait pas de m’apprendre le métier. J’en ai eu assez et j’ai claqué la porte. »
Maurice n’a pas tardé à trouver de l’embauche. C’était chez Foucher, un atelier de tôlerie qui se trouvait à l’emplacement actuel du magasin Lidl. Il s’engage dans l’action syndicale, puis adhère au Parti communiste.
« Un jour, c’était en 1955 ou en 1956, j’ai fait une prise de parole contre la guerre en Algérie. Le patron m’a convoqué, pour me dire que j’avais pris position contre les intérêts de la France. J’ai été licencié. Les gars ont fait une grève par solidarité avec moi qui a duré trois semaines. »
D’autres emplois, et toujours le même engagement contre la guerre d’Algérie. Dans les années soixante, il intègre un réseau de soutien aux militants anti-Franquistes espagnols.
Maurice est un militant, un vrai, sans partage. Il est de ceux qui mettent une égale conviction, un même dévouement pour des tâches humbles que pour défendre les principes de l’Internationalisme. Il a milité aussi pour son quartier, pour sa rue, pour son immeuble. Habitant, parmi les tous premiers, de la cité des 4000, il est le témoin de sa grandeur et de sa décadence.
« Lorsque la Cité a été construite en 1963, elle représentait pour les gens un très grand progrès au plan du confort de l’habitat. A cette époque-là, les gens de la classe ouvrière et même certaines catégories des classes moyennes s’entassaient dans des logements insalubres, sans chauffage, avec des WC collectifs. Vous imaginez-vous ce que cela représentait de quitter les taudis qui existaient alors pour des logements spacieux, chauffés et confortables ? Il y avait tous les commerces à la Cité des 4000, un centre de santé, une crèche, il y avait même un cinéma. »
Peu de gens, connaissent l’histoire de la Cité comme Maurice Bernard. « La construction de la Cité n’a obéi à aucune considération philanthropique. À l’origine il y avait la pression des promoteurs immobiliers qui voulaient dégager des espaces dans la ville de Paris. Dans ce but des programmes de construction ont été lancés en banlieue. Initialement, la cité des 4 000 était destinée aux classes moyennes. Les premiers habitants étaient des pieds noirs rapatriés d’Algérie (40 %), des parisiens (40 %) et des habitants de La Courneuve (20 %). »
Mais, avec la crise et le chômage, la cité s’est mise à dépérir dans les années soixante-dix. Déjà à la fin des années soixante, des bagarres entre jeunes, puis des actions de groupes gauchistes, ont chargé l’atmosphère dans la cité. Certains habitants ont commencé à partir. Mais le chômage a précipité la Cité dans la descente aux enfers. Maurice se rappelle : « Les gens n’arrivaient pas à payer les loyers. Les expulsions se succédaient. On a organisé des comités de locataires pour nous y opposer. Mais la cité se délabrait de plus en plus. Malgré notre résistance, on n’a pas pu faire grand-chose. »
Pour Maurice, c’est un grand chagrin de voir les choses aller ainsi. Un grand chagrin et une grande colère, la colère du militant qu’il a été et qu’il demeure. H
Fodil OURABAH