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Aide médicale d’État (AME) | Claude Moncorgé
2004 : l’année de la grande régression sociale
AME : une catastrophe sanitaire
14 février 2004 (survivreausida.net)
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En France, 150 000 personnes qui n’ont rien se soignaient gratuitement avec l’Aide médicale d’État (AME). Après leur avoir refusé la CMU parce que sans papiers, aujourd’hui l’Assemblée nationale voudrait leur interdire l’accès aux soins, sous prétexte que cela coûte cher de soigner les « clandestins ». Claude Moncorgé, président de Médecins du Monde, dénonce une « catastrophe sanitaire en gestation ».
Monsieur le Ministre de la Santé…
Une auditrice de Survivre au sida : « À un moment de ma vie où mes revenus étaient insuffisants, j’ai eu recours à cette AME et je remercie tous les acteurs qui ont mis en place ce dispositif humanitaire autant que sanitaire. M’auriez vous laisser crever d’un cancer ? Aujourd’hui je gagne juste assez ma vie pour survivre, moi et mes trois enfants, dans cette société. J’ai un emploi, j’ai un toit, j’ai la santé. Je ne cautionne pas la fraude, mais vous êtes-vous posé la question du pourquoi de cette fraude ? La pauvreté, Monsieur le Ministre… »
Martine Aubry, à l’époque Ministre de la Solidarité, avait exclu les sans papiers de la CMU, et décidé de maintenir l’Aide médicale. Pour la première fois, un budget était consacré uniquement à soigner des « clandestins » Aubry a-t-elle pris une mauvaise décision ?
Claude Moncorgé : Je pense que c’est une grosse erreur. Il faut réaliser que ces gens-là vivent en France, et sont amenés à y rester, le plus souvent en famille. Ce n’est pas l’épouvantail, agité aujourd’hui par la droite, du clandestin qui vient se soigner gratuitement en France. Pour ne pas donner, certainement, du grain à moudre à l’opposition à l’époque de la mise en place de la CMU, deux systèmes séparés ont été mis en place.
La CMU couvre cinq millions de personnes. Son budget n’a pas dérapé. Il y a vingt fois moins de personnes avec l’AME, mais on ne fait que parler d’elle. Si elle était fondue dans la CMU, effectivement on ne parlerait pas de tout ça. On serait dans une situation où tous les gens qui sont vraiment pauvres bénéficieraient de l’accès aux soins. Aujourd’hui, alors qu’on stigmatise ce dispositif AME, le faire fondre dans la CMU ne serait pas facile politiquement, mais ce serait le véritable enjeu, pour banaliser la question des sans papiers et pour ne pas les pénaliser dans l’accès aux soins.
Les nouvelles restrictions ne vont-elles pas paradoxalement accroître la fraude ?
Oui, bien sûr. Mais les pauvres n’ont pas le monopole de la fraude. Et ce n’est pas parce qu’il y a des fraudes ou des abus qu’il faut détruire un système. Il y a des abus sur la sécurité sociale ou de la CMU, et personne ne parle de les supprimer. Pour l’AME, on ose proposer ce qui est aujourd’hui proposé parce que ce sont les gens en situation irrégulière, donc il n’y a pas de danger politique à les stigmatiser…
Quelqu’un qui est pauvre et qui fraude (emprunte une carte de Sécu, par exemple) pour voir le médecin, est-il à vos yeux un délinquant ou un criminel ?
Bien entendu que non, et la question est à ce moment-là, qui devient « le criminel » ? Est-ce que c’est l’État qui refuse l’accès aux soins à ces populations, ou est-ce que ce sont les gens qui essayent de se faire soigner ? Quand il n’y a pas de médicaments dans les pays du Sud, est-ce que ce sont les laboratoires qui sont criminels, ou est-ce que ce sont les patients qui essaient de passer les frontières pour se faire soigner ? La position de médecin est tellement simple, on n’a pas besoin de se perdre dans toutes ces conjectures.
Signer la pétition pour défendre l’accès aux soins, sur le site survivreausida.net, sinon sur demande à l’émission : Survivre au sida, 45, rue d’Aubervilliers, 75018 Paris.
Survivre au sida, l’émission de radio des séropositifs de l’immigration et de la banlieue. Mardi 17-18 heures, mercredi 11-12 heures et jeudi 7-8 heures sur FPP 106.3 FM. Répondeur de l’émission : 08 70 25 12 50