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Droits des femmes | Religions
Délires sur le voile et la laïcité : combien de divisions ?
4 février 2004 (survivreausida.net)
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C’est vraiment n’importe quoi. Le site survivreausida.net reçoit des messages haineux nous accusant d’être « pour » ou « contre » le voile. Ce sont des inconnus qui ne nous connaissent que par le biais du site, même s’il y a aussi quelques auditeurs de l’émission Survivre au sida ou des personnes qui soutiennent le travail du Comité des familles pour survivre au sida...
Exemple. Un dénommé danny dool m’a envoyé une dizaine de mails, pour me démontrer que survivreausida.net soutiendrait le site oumma.com [1] . Ses preuves ? Une recherche sur google.fr utilisant les noms des deux sites comme mots-clés ! Avec cette méthode, on peut trouver une association entre Le Pen et Chirac, entre Act Up et AIDES, entre Israël et la Palestine, bref entre toute paire d’entités mentionnée sur la même page web quelque part sur le net... Enfin, ce monsieur ne s’est pas présenté, il s’exprimait au nom de « nous » : « nous » sommes décus par votre site, etc. Mais, danny dool, qui êtes vous et, surtout, pour qui vous prenez-vous ?!
Hier, alors que je préparais l’interview avec Nabil Ayouch [2], en plein bouclage de l’émission, je suis interpellé au téléphone : « Reda, je voulais te dire, j’ai été vraiment déçu. » – Ah, bon ? – « Oui, je ne m’attendais pas à votre position en faveur du voile... ». Mise au point et explications. C’est à ce moment-là, je me suis dit qu’une clarification est nécessaire.
Alors, la voici. Le site survivreausida.net informe et donne la parole aux séropositifs. Dans la revue de presse, j’ai recensé des articles aussi bien « pour » ou « contre » la loi [3]. Par ailleurs, survivreausida.net héberge le bulletin hebdomadaire de l’association AFRICA [4], qui a pris position en faveur de la loi sur la laïcité.
Le Comité des familles pour survivre au sida n’a jamais discuté de ce sujet. On l’abordera peut-être au prochain Conseil des familles (le C.A. du Comité), mais de mon point de vue ce n’est pas une priorité. Peut-être quelqu’un va ramener ça, mais pour l’instant nos priorités sont tout simplement de survivre, pour ceux parmi nous qui ont perdus des proches ces derniers mois, il s’agit d’arriver à passer le cap. Oui, la question de la foi se pose quand on est confronté à l’injustice de la maladie et de la mort. Mais pas « le débat sur le foulard »...
Autour de l’émission, au sein du Comité, il y a des gens de toutes les confessions, des gens qui croient du dieu et d’autres qui n’y croient pas. Parmi les séropos, il y a ceux et celles pour qui la religion ou sa pratique comptent pour beaucoup. Certains sont aidés par leur imam ou leur mosquée, parfois ils y trouvent même un soutien social, financier ou affectif par rapport à leur infection. C’est une réalité [5].
En 1998, je me souviens d’un des premiers textes de Migrants contre le sida (le groupe qui a précédé le Comité des familles), que j’ai écrit avec Abdoulaye, un militant sénégalais. Je pense que notre point de vue était clair à l’époque, et il l’est d’autant plus aujourd’hui que nous avons démontré, par le travail de l’émission et du Comité, que nos cultures sont des outils de résistance pour survivre au sida. Il s’agissait de donner notre point de vue sur la place de la culture dans la prévention et la prise en charge [6].]
Voilà, c’est tout pour ce soir.
Reda
Notes
[1] Le site oumma.com reçoit plus de 6 millions de visiteurs par mois, parfois dans les forums les infos de survivreausida.net y sont publiées.
[2] Nabil Ayouch : malgré la répression policière, nous exigeons des réponses claires sur l’accord de libre échange avec les Etats-Unis.
[3] Lire notamment l’appel Communiqué : Contre les lois d’exclusion, pour l’égalité des droits.
[4] Les articles du bulletin n° 14 sont en ligne, avec plusieurs consacrés à la question du foulard et de la laïcité, voir AFRICA.
[5] Lire ma chronique, « Les malades que vous aidez, comment ont-ils été contaminés? » : quelques réflexions pour tordre le cou à une question vénimeuse.
[6] Priorités et Revendications : 6 Questions, 6 Réponses : Migrants contre le sida dénonce la dérive culturaliste qui réduit les cultures en mouvement des immigrés à une conception figée d’une culture arriérée ou « traditionnelle » (en opposition à une culture française de facto jugée moderne, éclairée, etc.). Une telle approche renvoie à une vision statique, au détriment de la richesse et du dynamisme inhérents à la diversité de nos cultures, telles qu’elles sont vécues au quotidien par les premiers concernés, même si c’est de manière conflictuelle avec la culture dominante. En revanche, nous luttons contre toutes les formes de conservatisme social qui existent indépendamment de la religion ou de la culture, car elles bloquent le dialogue et l’ouverture aux questions, certes compliquées, liant sida et sexualité. Il ne faut pas se tromper d’ennemi, ni confondre le conservatisme social ou l’ordre moral avec son habillage religieux ou culturel. Les violences dont les femmes sont victimes, la situation des jeunes homosexuels issus de l’immigration, ou d’autres formes d’intolérance et de violence, sont des questions liées aux inégalités de pouvoirs dans la société française et n’appartiennent à aucune culture ou religion (même si toutes les religions ont, historiquement, servi à mettre en place et maintenir l’ordre patriarcale ainsi que d’autres inégalités sociales).