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Double Peine | Maroc
Double peine : la première fout en taule, la deuxième expulse
27 mai 1998 (Charlie Hebdo)
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La prison, on imagine à peu près. L’expulsion, on commence à en avoir une vague idée. On sait peu de choses, en revanche, du déracinement infligé à ceux qui débarquent dans un pays qu’ils ne connaissent pas. Et pour cause : les "double peine" sont rarement invités à revenir en France pour raconter leur histoire. On est donc allés voir Amina et Saïd à Casablanca. La première milite contre le sida, le second écrit un bouquin. Tous deux veulent rentrer chez eux, en France. Mais à tous deux, la France est interdite. La double peine, c’est une condamnation à perpète.
Quand Amina marche dans les rues de Casablanca, les hommes la dévorent volontiers des yeux. Les piétons se retournent sur son passage, et les terrasses de café, exclusivement masculines, se transforment en salon du voyeurisme. Parce que Amina est jolie. Mais surtout parce que sa dégaine appartient trop visiblement à un monde qui n’est pas d’ici : un pantalon estival, un chandail échancré, une certaine façon d’ignorer les yeux qui la déshabillent sans pour autant baisser les siens. "La chose qui m’a le plus frappé en arrivant à Casa, c’est le regard des gens, dit-elle. Quatre ans après, je ne m’y suis toujours pas habituée. Tu te sens une étrangère. En même temps, je ne vais pas me fringuer dans un sac à patates juste pour leur faire plaisir. "
Amina Falah a trente-cinq ans, mais en paraît vingt-huit. Ancienne toxico et ancienne taularde, séropositive, expulsée loin de sa fille et de ses attaches, elle a connu toutes les crasses que la vie peut offrir, mais ne lui e, garde pas rancune. Son large sourire et sa silhouette onduleuse indiquent que la vie a encore une chance de se rattraper avec elle, mais à une condition : qu’on la laisse enfin rentrer en France. " Si on continue à me refuser un visa, je vais faire une grève de la faim, comme les gars de Lyon ", dit-elle très calmement. Amina est à bout. Obstinément vivante, mais nerveusement épuisée.
Combattue depuis quinze ans par le Mouvement de l’immigration et des banlieues ( MIB ) et depuis quarante-six jours par dix Lyonnais résolus à y laisser leur peau, la double peine ne se limite pas au cumul de la prison et de l’expulsion. A ces deux peines s’ajoute en réalité une troisième, non répertoriée par le Code pénal : le déracinement. Et c’est peut-être la plus lourde de toutes.
"Les gens voient du premier coup d’œil que je suis pas d’ici !"
La "triple peine" se manifeste, par exemple, à travers les crises éthyliques de Zorah, jeune fille partie à la déglingue depuis son expulsion et qui se tape des virées suicidaires dans les bars de Casa.
Elle se reflète aussi dans les yeux mélancoliques de Saïd, lorsqu’il demande des nouvelles de Paris. Saïd a vécu toute sa vie à Tours, jusqu’à sa condamnation à dix ans de taule pour des braquages de banque effectués à l’aide d’un aimable petit pistolet à grenaille ( "J’étais con" ). Il a été expulsé à Casa en 1991, comme si le Maroc était pour quelque chose dans ses rêves de bandit. Depuis, il a trouvé un boulot dans une librairie, une chambre sordide dans un hôtel miteux et un éditeur pour le témoignage qu’il est en train d’écrire. Mais toujours pas de copains. "Les gens voient du premier coup d’œil que je suis pas d’ici ", dit-il en secouant ses tresses rasta. Jugeant n’avoir "rien à foutre dans ce pays", il a tenté un jour de passer en France clandestinement. Mais le passeur l’a escroqué. Alors Saïd attend que le consulat veuille bien lui accorder un rendez-vous. Déjà sept ans que ça dure...
Et puis, il y a Amina. Parmi ceux dont Chevènement braille qu’il ne faut pas avoir de "faiblesse" à leur égard, elle est bien placée pour lui jeter son histoire dans les gencives.
Amina vivait en France depuis l’âge de deux ans. Elle a grandi dans une banlieue d’Orléans, entre dix frères et sœurs, un père surmené et une marâtre sadique qui lui cognait dessus et l’accablait de tâches domestiques. Faute de sommeil, Amina s’endormait en classe. " Enfant paresseuse ", lit-on dans ses bulletins scolaires, stockés dans la minuscule chambre qu’elle loue aujourd’hui pour 900 dirhams (600F) à Woulfa, un des quartiers les plus pauvres de Casablanca.
Envoyée dès la classe de 5e sur une voie de garage, dont une génération entière de "paresseux" maudit encore les initiales ( CPPN ), Amina, devenue majeure, exécute la corvée des petits boulots -intérimaire, auxiliaire, manutentionnaire. Jusqu’au jour où le frère dont elle se sentait le plus proche meurt dans un accident de voiture. C’est alors qu’elle plonge dans la dope.
Durant les dix années qui suivent, Amina collectionne les coups de massue en pleine gueule. Les petits vols à la tire qu’elle commet pour se payer ses doses lui valent d’innombrables séjours en taule, dont la durée s’allonge à mesure que les délits s’allègent. A la fin, elle prendra un an ferme pour un sac à main contenant 50 balles. En prime, elle attrape le virus du sida.
Entre la prison, les cages d’escalier et les hôpitaux, elle trouve le temps de donner naissance à trois filles. Quand naît la dernière, en 1992, Amina décide " d’arrêter les conneries " un bonne fois pour toutes. " Assise sur un banc, je voyais les gens qui allaient au boulot, et j’avais tellement envie d’être comme eux, se souvient-elle. Rentrer le soir après le travail et retrouver mes gosses... "
Mais la veille de Noël, ses deux filles aînées meurent brûlées vives dans la caravane de leur famille d’accueil. Amina : " Ca faisait six mois que je n’avais pas touché à la drogue. Deux jours après, j’étais à nouveau toxico." Du coup, la DDASS lui retire la seule enfant qui lui reste. Et ça repart : l’héro, la choure, la taule. La vie de Cosette, à côté, c’est du Barbara Cartland.
Si durant ces années-là, Amina a broyé un énorme catalogue d’idées noires, il en est une, une seule, qui ne l’a jamais effleurée : l’idée qu’un jour on puisse la considérer comme étrangère et la "punir pour ça ". Elle ne parlait pas l’arabe, ne connaissait rien du Maroc, ignorait tout de l’islam. Ses filles, ses frères et sœurs, ses potes toxicos, les toubibs, les matons : tous étaient français. La nationalité marocaine d’Amina ? Un accident de parcours, aussi dénué de sens qu’un feu de caravane la veille de Noël. Et juste un peu moins lourds de conséquences.
7 septembre 1994, 5 h 30. Dans sa cellule de Fleury-Mérogis, Amina attend d’être libérée d’un instant à l’autre. Définitivement sevrée, elle songe à sa fille, qu’elle escompte récupérer, à son interdiction du territoire, jugement absurde dont elle ne doute pas qu’il sera annulé en appel, et à la " vie normale " qu’elle mènera une fois accomplies ces formalités.
Mais, à la sortie, deux gendarmes lui tombent dessus et l’emmènent sans dire un mot jusqu’à Orly. Affolée, Amina bredouille qu’elle a une procédure en appel, qu’elle veut revoir sa fille, qu’il n’est pas question de s’envoler où que ce soit. On lui répond qu’elle embarquera "de grès ou de force ".
Les flics d’Orly lui laissent le choix : " Fès ou Casablanca ? " Se souvenant très vaguement qu’elle a une tante là-bas, elle choisit Casa. " J’avais l’impression de vivre un cauchemar. Sauf que personne ne m’a réveillée. Depuis ce jour, j’ai constamment une boule dans la gorge qui m’empêche de respirer. "
Douze heures après s’être imaginée libre, elle débarque à l’aéroport Mohammed-V. On l’emmène au commissariat pour une garde-à-vue, où on lui fournit l’occasion d’être témoin d’un passage à tabac, avant d’être conduite à l’hôpital pour une prise de sang. Elle comprend alors que les flics marocains ont été avertis de sa séropositivité par leurs homologues français. C’est illégal, bien sûr, mais confraternel. Tant qu’à faire, la France aurait pu aussi bien lui tatouer le mot "pestiférée" sur le front.
" Du coup, les policiers ne m’ont pas touchée ", remarque-t-elle dans un sourire ondoyant. "Ils avaient peur de se faire contaminer. Pour une fois, ça m’a servi à quelque chose d’être séropo... "
A l’hôpital, elle fond en larmes dans les bras de la doctoresse Hakima Himmiche, qui lui apporte un bref moment de réconfort. Après quoi elle est renvoyée au trou. Motif : "prostitution" et "usage de drogues". Amina ayant été arrêtée dès sa sortie d’avion, l’accusation est piquante. Mais le juge n’a pas rigolé quand il a envoyé "l’immigrée" passer ses six premiers mois de vie marocaine à la prison d’Okacha, dans une cellule infestée de rats gros comme des teckels.
En sortant de prison, Amina s’en va chercher refuge chez sa tante inconnue. Mauvais plan : un cousin complètement taré tente de la violer. Elle se retrouve à la rue couverte de bleus, dans une ville à laquelle Humphrey Bogart ne l’avait pas préparée. Son petit pécule, économisé à Fleury-Mérogis, est vite absorbé par les hôtels minables et la semoule sans viande. D’autant qu’un gardien de prison la fait chanter en menaçant de révéler sa séropositivité à tout le voisinage. Une nouvelle fois, Amina change de quartier.
On s’en étonnerait presque, à ce stade, mais il n’y a pas que des enfoirés sur terre. Un commissaire, version marocaine de l’Auvergnat de Brassens, organise une collecte pour lui payer le gîte et le couvert. Plus providentielle encore, Hakima Himmiche, la toubib consolante du premier jour, propose à Amina un boulot à l’Association de lutte contre le sida (ALCS). Certes, il ne s’agit que d’un poste de bénévole. Mais qui lui permet de suivre une formation et de prendre conscience qu’elle est plus douée pour délivrer de l’aide que pour en recevoir. Elle distribue des préservatifs aux prostituées, monte des projets de prévention et y trouve, dit-elle, un " certain équilibre " : " Avant, je fonçais sans réfléchir. Maintenant, je suis plus consciencieuse, plus patiente. Et il n’y a plus de toxicos pour me prendre la tête. " Des fois, elle a quand même l’impression que l’ALCS l’arnaque un peu.
" Si j’avais pas eu la chance d’aller en France... "
Au moins, l’impression d’être une lépreuse s’est un peu dissipée. Dans son quartier de Woulfa, les gens connaissent sa situation, mais lui foutent la paix. Un voisin homosexuel vient régulièrement chez elle pour jouer aux mots fléchés, et une bande de jeunes lui confient leurs émois intimes, comme à une grande sœur. "Avec moi, ce sont les plus pauvres qui sont les plus sympas", dit-elle.
Il n’empêche qu’Amina continue de se sentir " très seule " avec sa " mentalité française ". Surtout le soir, quand elle s’enferme dans sa piaule, avec son poste de radio et ses quelques bouquins. " Dans ce pays, les gens ne pensent qu’à l’argent, lâche-t-elle un peu injustement. Si j’avais pas eu la chance d’aller en France, je serais peut-être comme eux maintenant. "Oui, elle a vraiment prononcé le mot de "chance"... Certains gagnent au tiercé, d’autres naissent avec le bon passeport en poche. Amina, elle, s’estime chanceuse d’avoir acquis un certain sens critique et un goût solide pour la liberté. Autant de qualité que l’on chercherait en vain du côté des officiels français.
Prenons le Quai d’Orsay, par exemple. Depuis plus de trois ans, rien ne l’empêche de délivrer un visa à Amina. La cour d’appel de Paris a levé son interdiction de territoire en janvier 1995, de sorte qu’ "aucun obstacle administratif ne s’oppose à son retour en France ", comme l’atteste une lettre de la préfecture de police. Mais Hubert Védrine voit les choses autrement. Le 20 octobre 1997, par le biais du consulat de Casablanca, le ministère a fixé ses propres conditions. Pour qu’Amina soit en droit de rentrer chez elle, il lui faut, entre autres, établir " un devis prévisionnel des frais d’hospitalisation pour la durée des soins " et " une attestation de versement préalable du montant du devis ".
En somme, Amina doit régler d’avance les soins d’une maladie dont elle ne souffre pas encore. Riche, elle est la bienvenue. Pauvre, elle restera dehors. A la triple peine s’ajoute par conséquent une quatrième très comparable à celle qui animait autrefois Saïd et Amina : l’obligation d’avoir du fric.
Olivier Cyran
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Double peine : la première fout en taule, la deuxième expulse
voilà je laisse un message je sui la demi - soeur de amina falah sa fait plus de 4 ans que je n’est pas de nouvel d’elle j’aimerai avoir sont adresse msn ou sont adresse a paris je m’apelle hanane falah petite soeur du côter de sont père elle me manque énormément et mon père aimerais tellement la voir
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Double peine : la première fout en taule, la deuxième expulse
je suis un jeune algernien expulsé de france en 1998 malgeré la validité de ma convocation en atendent d’avoir une carte séjour qui la eté délivré par la cité adeministrative de lille