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Pfizer trahit sa promesse sur son médicament anti-sida, fait un don contre la cécité
14 décembre 2003 (Wall Street Journal)
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Voir en ligne : Pfizer Makes Aid Pledge, Breaks Pact on AIDS Drug
Chez Pfizer, pendant qu’une main donne, l’autre reprend. Mardi, le géant pharmaceutique a offert 500 millions de dollars pour l’éradiction d’une forme commune de cécité dans le monde en développement. Presque simultanément, Pfizer se retire d’un accord de licence pour un médicament contre le VIH qui avait été salué comme une nouvelle voie pour offrir des médicaments à faible prix aux pays en développement.
Selon l’accord dénoncé, Pfizer aurait donné la licence des brevets pour le Rescriptor, un médicament contre le VIH, à la Concept Foundation, une organisation non-lucrative de lutte contre le sida basée à Pathumthani en Thaïlande. Avec un partenaire nommé l’International Dispensary Association (IDA), une ONG basée à Amsterdam qui produit et distribue des médicaments essentiels dans les pays pauvres, la Concept Foundation aurait trouvé les fabricants de génériques pour produire le médicament. Pfizer est devenu propriétaire du Rescriptor en avril après l’achat de Pharmacia Corp., qui avait contribué à imaginer l’arrangement sur la licence.
La nouvelle approche promet une production plus rapide et meilleure des génériques pour le monde en développement. Avec les transferts de technologie amicaux, les entreprises de génériques recevraient le savoir-faire au-delà du brevet, comme l’expertise de la production, de la part d’entreprises comme Pharmacia ou Pfizer. L’approche volontaire éliminerait aussi les retards imputables aux combats juridiques, probables si les Etats émettent des licences obligatoires pour les entreprises de génériques contre le souhait des entreprises de marque.
L’accord de licence pour le Rescriptor, connu sous le nom de delavirdine, a été salué comme une rupture au Forum économique mondial de Davos, où il a été dévoilé en juin par des responsables de Pharmacia et les ONG partenaires. Plus tard, la même journée, au cours d’une discussion sur la propriété intellectuelle, Henry McKinnell, président-directeur de Pfizer a soutenu le projet selon les personnes présentes. Dans un document écrit, Pfizer saluait « l’initiative innovante » mais souhaitait l’évaluer après la fusion.
Aujourd’hui, l’accord sur le Rescriptor ne tient plus dit Pfizer. « Alors que nous sommes intéressés par le principe, nous considérons qu’il ne s’ applique pas au bon produit » dit Robert Mallet, senior vice-président pour les corporate affairs de Pfizer à New York. Il dit que cette décision a été prise conjointement à cause des inconvénients de Rescriptor qui doit être pris trois fois par jour, alors que d’autres médicaments contre le VIH sont à une ou deux prises quotidiennes.
« Ce n’est simplement pas le bon produit, donc nous ne voulons pas poursuivre », dit M. Mallett. « Il existe de meilleurs médicaments ailleurs ». Les défenseurs de l’approche par ces licences rejettent le raisonnement de Pfizer et disent que l’abandon du projet ne fut pas une décision mutuelle. « Je l’aurais pris s’ils me l’avaient donné » a dit Joseph Gonzi, un consultant sur le sida de l’IDA qui négocia à ce titre avec Pfizer. L’échec de la poursuite de l’expérience avec le Rescriptor freine les efforts pour rendre disponible dans les pays en développement les médicaments inventés dans les pays riches.
Les limites du Rescriptor étaient bien connues dès le début, dit Joachim Oehler, directeur de Concept Foundation. « C’est une hypocrisie » dit-il de la décision de Pfizer. « Personne chez Pharmacia ou dans les organisations de lutte contre le sida ne considère les inconvénients du Rescriptor comme suffisamment sérieux pour empêcher la création d’un nouveau modèle d’aide humanitaire ». Effectivement, Pfizer a annoncé en juillet la mise à disposition du Rescriptor gratuitement ou avec de forts rabais pour les programmes contre le VIH destinés aux pauvres aux Etats-Unis.
Le projet Rescriptor, explique M. Oehler, avait pour but d’aider les patients et de montrer la faisabilité d’une approche par les licences volontaires « sans les limites des programmes de dons et sans les batailles publiques sur les prix entre les Etats et les activistes d’un côté et les entreprises pharmaceutiques de l’autre ». Michael Friedman, un ancien dirigeant de Pharmacia, dit du Rescriptor que c’ est un « bon médicament, mais pas le médicament parfait ». Aujourd’hui président du centre anticancer City of Hope à Duarte en Californie, le DR Friedman, qui a contribué à l’accord tente de convaincre Pfizer de poursuivre l’expérience. « Nous savons que la conduite de cette expérience dépendra de l’ enthousiasme, du soutien et du leadership de Pfizer » dit-il.
Le Rescriptor est en vente aux Etats-Unis et dans quelques autres pays dont le Canada, mais il n’a jamais été largement utilisé. Selon le centre d’ information sur la santé basé à Atlanta, NDC Health, les ventes de Rescriptor l’an dernier se sont élevées à 7.4 millions de dollars. Pfizer a fait la démonstration de son soutien à une approche traditionnelle de l’aide mardi aux Nations unies à New York. L’entreprise a annoncé la donation de 135 millions de doses de Zithromax pour lutter contre les cécités causées par Chlamydia trachomatis au cours des cinq prochaines années.
Le Trachome, une infection qui se diffuse facilement à la faveur de mauvaises conditions sanitaires, a été éliminé des Etats-Unis et d’Europe au début du 20e siècle. Dans le monde en développement, c’est une des principales causes de la cécité, mais il peut être traité avec une seule dose de Zithromax, l’une des meilleures vente de Pfizer. L’engagement de Pfizer est évalué à 500 millions de dollars.
Responsable pour Pfizer en Iran et en Afghanistan il y a trente ans, M. McKinnell a vu les effets du trachome « je me souviens bien des enfants qui conduisaient leurs parents en les tenant par la main, c’est quelque chose que je considère depuis longtemps comme un problème dont le monde doit se saisir. L’ International Trachoma Initiative, créée en 1999 avec le soutien de Pfizer, a déjà fourni 8 millions de doses de l’antibiotique de part le monde.