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Russie
Résignation et humour macabre des séropositifs de Saint-Pétersbourg
6 mai 2003 (AFP)
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Par Olga NEDBAEVA
SAINT-PETERSBOURG (Russie), 6 mai 2003 (AFP) - Andreï va entrer au couvent. Vadim demande qu’on lui "écrive à la morgue". Raphaël se sent abandonné de tous. Méprisés par leurs amis, exclus de la société, les séropositifs soignés à l’hôpital Botkine de Saint-Pétersbourg broient du noir et font de l’humour macabre.
Regard éteint, vêtus d’un T-shirt et d’un pantalon de survêtement, les trois hommes tournent en rond dans leur chambre d’hôpital.
"Nous sommes perdus pour la société. Qu’on nous laisse au moins quitter dignement la vie. Ce n’est peut-être pas de notre faute", dit Vadim, 33 ans qui paraît plus âgé.
En 2000 Vadim s’est cassé une jambe et a appris après une prise de sang qu’il était séropositif. Toxicomane pendant 12 ans, il s’en doutait pourtant après avoir reçu une lettre d’un ami détenu annonçant être porteur de HIV.
"J’ai abandonné la drogue il y a deux ans. Je n’ai plus de souffrances physiques, seulement psychologiques. C’était à la mode de se piquer. Le jeu n’en valait pas la chandelle", estime-t-il aujourd’hui.
"Je crève, j’ai des moyens de me payer un bon traitement, mais aucun médicament ne me sauvera plus", affirme-t-il.
Un médecin neuropathologiste vient de quitter leur chambre.
"Il s’est lavé les mains jusqu’aux coudes en notre présence après nous avoir examinés. C’est humiliant", s’insurge Vadim.
"Plus on s’approche du gouffre, plus on s’enrichit spirituellement. On comprend des choses et les sens deviennent plus aigus", poursuit-t-il.
"Tous mes amis m’ont abandonné. Quand on est séropositif, impossible de trouver du travail. A l’hôpital, l’attitude des gens est plus ou moins correcte, ailleurs on ne nous considère pas comme des humains", déclare Raphaël, 29 ans.
Ancien commerçant, toxicomane, voleur et détenu, Raphaël a appris en novembre dernier qu’il était séropositif lors d’un traitement pour les hépatites B et C.
Il avait commencé à se piquer en 1993 après avoir fait son service militaire. Il gagnait bien sa vie "en faisant du commerce" et a voulu "goûter à la drogue : d’abord les opiacés, ensuite l’héroïne".
Devenu toxicomane, il a perdu son travail et s’est mis à voler pour s’acheter une dose. Cela lui a valu trois peines de prisons de 5 ans au total.
"Je n’ai plus personne, pas un sou - les toxicomanes n’ont pas d’économies. Je n’ai pas envie de quitter l’hôpital. C’est l’endroit le plus humain", dit-il.
"Le cimetière aussi", réagit immédiatement Vadim.
Pour Andreï, 28 ans, la lutte est finie. Il veut se faire moine.
"Il faut se résigner et trouver sa place. Cela fait trois ans que je ne vis plus à la maison. Je ne serais pas bon pour travailler", confie-t-il, un chapelet à la main.
Originaire de Lomonossov (banlieue sud de Saint-Pétersbourg), Andreï a commencé à se droguer à 15 ans avec d’autres jeunes "branchés". Il a attrapé le virus en 1999.
"J’étais prêt à cela. Ma femme, elle aussi toxicomane, a eu le virus avant moi. Sur 97 personnes de notre milieu, 96 sont séropositifs. Je n’ai plus envie de revenir à Lomonossov", poursuit-il.
Dans cette ambiance sombre, Raphaël tente cependant de ne pas céder à la dépression. Il lit de la science-fiction pour se distraire et a l’intention de travailler avec une ONG qui s’occupe de la prévention du sida dès que la santé le lui permettra.
"Je pensais que le sida est comme une grippe. Maintenant je sais ce que c’est. Et l’épidémie a atteint de telles proportions que même ceux qui ne se droguent pas courent des risques", conclut-il.