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Saturnisme
Saturnisme : la grosse colère de Mac Wluczka
21 mai 2001 (Forum Saturnisme Marseille)
PARIS, 21 mai 2001 (Forum Saturnisme Marseille)
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Le Dr Marc Wluczka, Conseiller d’arrondissement (PS) du 20ème arrondissement de Paris, directeur médical de l’OMI, et l’un des acteurs les plus anciens et les plus actifs de la lutte contre le saturnisme infantile, a piqué une "grosse colère" suite à la déclaration d’une collègue de l’UDF, Madame Arlette BRAQUY, selon laquelle des parents donnaient du plomb à manger à leur enfant pour pouvoir être relogés !
Voici le texte de la lettre du Dr MW :
Mairie du 20ème Arrondissement
Le Conseiller délégué
Chargé de la santé publique & de la résorption de l’habitat insalubre.
Paris, le 21 mai 2001,
Chers collègues,
Au cours de notre réunion de conseil d’arrondissement du 14 mai, Mme Arlette Braquy a renouvelé ses assertions, mentionnées au procès-verbal, selon lesquelles elle aurait " vu " des parents donner de la peinture à manger à leurs enfants, dans le but de les photographier et d’en exciper la nécessité d’un relogement pour cause de saturnisme. Notre collègue s’est déclarée indignée par ces pratiques, qui selon elle, seraient caractéristiques d’une mise en danger des enfants.
Ayant été en charge de ce dossier pendant six ans, et en étant toujours en charge aujourd’hui, il m’a semblé nécessaire de rectifier - si l’on veut bien me pardonner cet euphémisme - les propos de Mme Braquy.
Si je ne me suis pas immédiatement levé en les entendant, c’est parce que j’ai estimé qu’une réaction émotionnelle, pour justifiée qu’elle soit en la circonstance, se placerait sur le terrain choisi par notre collègue, à laquelle j’entends par cette mise au point apporter une réponse argumentée et objective.
Je commencerai par le traitement de cette rumeur (car c’en est une !) qui m’avait déjà été rapportée par plusieurs personnes, certaines bien intentionnées, mais, pour la plupart, moins bien intentionnées. Elle m’en avait rappelé d’autres, entendues en d’autres lieux, et en d’autres temps : ici, ce sont des malades du Sida qui se seraient volontairement faits contaminer pour rester en France avec une autorisation de séjour pour soins ; là, ce seraient des détenus qui se seraient automutilés ou auraient tenté de se suicider pour obtenir des avantages en détention etc..... etc....
Tout ceci est à rapprocher de toutes ces rumeurs récurrentes, qui reposent sur un événement factuellement exact, mais interprété et détaché de son contexte. Comme l’écrivait Jean Noël KAPFERER dans son ouvrage " Rumeurs, le plus vieux média du monde ", la rumeur présente plusieurs fonctions qui chacune séparément est peu significative, mais dont la conjonction fait sens, et le fait lourdement !
D’abord, il n’est pas anodin que ces rumeurs (il y a des " gens " qui se font volontairement du mal pour obtenir un avantage indu) soient souvent connotées racialement. Elles renforcent, cela va sans dire, l’image négative de l’Étranger qui est si peu " comme nous " qu’il est prêt à faire des choses nuisibles et immorales (de notre point de vue) pour obtenir une chose à laquelle il n’a pas droit.
Bien sur, quelque part, l’Étranger, ce marginal obligé, n’est pas totalement coupable ni responsable de ses actes, puisque son système de valeurs est différent du notre, ce qui aboutit à le condamner non seulement pour ce qu’il fait (empoisonner ses propres enfants) mais aussi pour ce qu’il est : quelqu’un qui ne peut pas trouver sa place parmi nous, tant ses valeurs morales sont différentes, opposées et contradictoires aux nôtres. CQFD.
Le mauvais traitement fait à l’Étranger (ne pas le reloger, alors qu’il est en danger) se retrouve par une pirouette dialectique subtile, justifié in fine par son propre comportement, celui ci étant le révélateur de sa non-assimilabilité.
On me rétorquera que les guerres et les conflits voient des soldats s’auto-mutiler pour échapper au combat, et que pour ne pas aller chercher si loin, l’absentéisme pour maladie, réelle ou supposée, est très souvent, dans une entreprise, un symptôme de dysfonctionnement des relations humaines.
Alors comment interpréter cette histoire de parents empoisonnant leurs enfants ? Je vous soumets cette idée : elle nous renvoie à notre impuissance à résoudre un problème, comme à l’obligation que nous, l’ " Autorité " (bailleur social, mairie, État, armée, entreprise), dans laquelle nous plaçons certaines personnes, d’employer les moyens les plus nocifs et les plus absurdes pour tenter d’échapper à une situation insupportable.
Que Mme Braquy veuille donc, dans un premier temps, réfléchir à cela, et, pour ma part, je la tiendrai quitte de l’obligation dans laquelle elle se trouve aujourd’hui de faire la preuve de ses allégations. En effet, il ne s’agit pas de répéter l’histoire de " l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours ".
Mme Braquy a été catégorique : elle a " vu ". Elle a des photos. On ne parle plus ici de témoignages de seconde main, mais bel et bien de choses dont notre estimée collègue a été le témoin oculaire, et - c’est moi qui l ’ajoute - nécessairement impuissant ! En effet, j’imagine mal une élue de la République, Adjointe au Maire de Paris il y a peu, ne pas courir à la police dénoncer ces parents malfaisants. Ou, au minimum les signaler aux services sociaux, ainsi que l’y oblige (*) la loi de 1971 sur la protection de l’enfance en danger, sous peine de graves sanctions pénales.
J’éviterai, rassurez vous, une ironie facile sur les désagréments inhérents à toute fréquentation de l’institution policière par un élu...
J’ajoute cependant, que je tiens à la disposition de chacun, dont notre collègue Braquy, les copies des signalements aux services de l’Aide Sociale à l’Enfance, que, pour ma part, je n’ai jamais manqué de faire (par lettre recommandée avec accusé de réception !) dès lors que je me trouvais en présence d’un cas d’enfant mis en danger par ses conditions de logement. Serez vous surpris si je vous dis que ces services, quand ils m’ont répondu, n’ont pu, ou su, que faire état de leur impuissance ?
Je garde quand même le souvenir d’une lettre du pétulant M. Bulté, répondant à Michel Charzat que ce dernier devait de toute urgence reloger la famille en danger qu’il lui avait signalée... sur son propre contingent. Lequel contingent ne comportait bien évidemment aucun logement adapté, ce que M. Bulté ne pouvait, à mon avis, en aucun cas ignorer.
Reste évidemment l’hypothèse selon laquelle ni Mme Braquy, ni M. Bulté, ni quiconque à la Mairie de Paris n’était en mesure (ou en capacité) de savoir quel était l’état des attributions de logement du parc social de notre arrondissement.
Il importe maintenant de tordre le coup à l’idée reçue (en tout cas reçue 5 sur 5 par Mme Braquy) selon laquelle le simple fait d’avoir un enfant atteint de saturnisme valait billet de relogement. Si c’était vrai ! Ca ne l’était pas, et de loin....
Jusqu’en juin 1999, date de la parution des décrets d’application de la loi de 1998 sur l’exclusion, le fait d’avoir chez vous du plomb qui empoisonnait vos enfants ne vous donnait aucun droit particulier. A telle enseigne que des enfants étaient régulièrement hospitalisés et réhospitalisés pour des traitements " chélateurs ", après lesquels ils retournaient se faire intoxiquer dans le taudis où ils vivaient. Certains avaient un cathéter à demeure dans le bras, de manière à ce qu’on puisse plus facilement les soigner à nouveau sans avoir à les repiquer, leurs veines étant passablement abîmées par les perfusions successives. On voyait alors couramment des enfants ayant des taux de plomb dans le sang de 400, 500, 700 ( !) microgrammes par litre, le seuil dit " d’intervention " étant de 150.
A ce propos, et pour répondre à la question que vous vous posez, il n’existe pas de taux " normal " de plomb dans le sang. La simple présence de plomb est en soi pathologique. Simplement, pour tenir compte de l’intoxication " courante " (celle due à la pollution) certains experts ont " admis " qu’un taux minimum pouvait (devait ?) être considéré comme acceptable. Acceptable par qui ? Là est évidemment la bonne question, que les experts ont toujours soigneusement évité de poser aux personnes concernées.
En conséquence de quoi, si un enfant était intoxiqué, mais qu’aux yeux des experts, il ne l’était pas... suffisamment (moins de 150 µg/l **), on attendait qu’il le soit assez pour déclencher une procédure de relogement.
Celle-ci se décomposait en deux temps : d’abord le dossier passait devant une commission " médicale ", présidée par la DDASS qui attestait de l’intoxication et transmettait à une seconde commission. Celle-ci, dite " de relogement ", comportait des représentants de la préfecture et de la mairie de Paris, et constatait le plus souvent l’impossibilité de reloger les familles à Paris.
D’où l’idée, qui finit par germer que, puisqu’on ne pouvait pas reloger ces familles, ou si peu d’entre elles, il fallait " réduire les risques ", vocabulaire emprunté (sans leur autorisation) aux professionnels de la lutte contre le Sida.
La réduction des risques consistait à enclouer sur les murs des maisons empoisonnées des plaques de PVC qui recouvraient les pans des murs dont la peinture au plomb était en train de se dégrader. On appelait cela des travaux " palliatifs ", et c’était censé durer quelques mois, le temps de reloger, ou de pratiquer l’éviction du plomb. Il y a encore des familles qui vivent dans ces maisons traitées palliativement depuis bien des années, ce qui n’a guère ému, jusqu’à une date récente, décideurs et experts, en dehors du cercle habituel des empêcheurs de tourner en rond, dont j’ai la coquetterie de me réclamer.
Un jour, c’était dans une réunion à la Mairie de Paris, m’étant procuré un morceau de ces plaques de PVC et muni du briquet dont - hélas pour ma santé - je ne me sépare jamais, je mis en demeure le responsable de ces travaux d’affirmer en public que ces produits " palliatifs " étaient bien ininflammables, ainsi que la réglementation l’obligeait. La vue conjointe du produit et du briquet eut sur lui un effet des plus roboratifs, et il concéda de bonne grâce qu’avec ce qu’on lui payait pour ces travaux, il ne pouvait guère utiliser autre chose.
L’anecdote est plaisante. Mais l’ histoire (l’affaire ?) du saturnisme à Paris l’est beaucoup moins. Pendant ces six dernières années, elle ne m’a pas fait rire, et m’aura singulièrement empoisonné la vie (mais dans mon cas c’est moins grave). Je ne suis pas sorti indemne d’avoir, dans cette tragédie joué les Cassandre plus souvent que je ne l’aurai souhaité. Mais enfin, chaque petite victoire obtenue, chaque famille relogée, chaque enfant que j’ai contribué à mettre à l’abri, resteront une de ces gouttes de miel que la Vie vous offre et qui réussissent à justifier qu’on fasse de la politique, et, pour moi cela va de soi, à Gauche.
Cependant, chers collègues, l’histoire n’est pas finie. Nous aurions bien tort d’enfouir ces enfants dans quelque coin de notre mémoire honteuse. Car ces enfants empoisonnés au berceau, nous les retrouverons bientôt : il seront, ils sont déjà parmi ces jeunes qu’on voit dans les rues l’été et dans les cages d’escalier l’hiver, en tout cas ceux chez lesquels le plomb n’aura pas commis de dégâts cérébraux trop irréversibles. Ils nous feront, j’en ai peur, payer cher le manque de respect avec lequel on les a traités quand ils étaient enfants, tant il est vrai, chère Mme Braquy, qu’on récolte ce qu’on sème, et que certains ont semé par négligence, suffisance et incompétence des graines de malheur dont leurs successeurs récolteront les fruits amers.
D’autres enfants, eux, ne causeront de souci qu’à nos portefeuilles : ils sont déjà dans des IMP ou des IMPro, handicapés mentaux à vie, victimes silencieuses du plomb, dont le nombre devra bien être estimé un jour, afin qu’on sache combien sont ces êtres humains qui ont payé le prix fort dans ce scandale, et qui pèseront longtemps et fort sur nos consciences.
Un dernier mot avant de conclure : la voie principale d’intoxication par le plomb est l’inhalation des poussières, suivi de l’ingestion du plomb dissous dans l’eau. Le grignotage de particules de peinture (ou " picas ") a beaucoup passionné les journalistes par son côté spectaculaire, mais il est loin de jouer le rôle majeur qu’on lui a prêté.
Je tenais à terminer sur cette note rassurante pour notre collègue Braquy : non, elle ne s’est pas rendue coupable de non dénonciation de malfaiteur, en tout cas pas sur ce coup là, ni de non assistance à personne en danger, en tout cas pas sur ce point là.
Reste la responsabilité politique et morale de ceux qui de 1984 à 1998, dans cette Ville, se sont délibérément refusé à traiter ce problème, la honte de Paris, alors qu’ils avaient tous les moyens de le faire, pendant que d’autres, dans d’autres villes de ce pays, de droite ou de gauche l’ont fait. Et si, comme je l’espère, demain quelque juge vient à chercher des responsables, et si, comme je voudrai tant le croire, un tribunal finit par les punir, je leur rappellerai alors ce vers de Corneille : " le crime fait la honte, et non pas l’échafaud ".
Merci de votre patience. Bien sincèrement à vous.
Marc WLUCZKA.
(*) comme à tout citoyen, ce que confirmeront les juristes membres de notre assemblée.
(**) j’ai vu un dossier refusé parce que l’enfant avait " seulement " 147 µg !
Source : http://communities.msn.fr/SATURNISMEMARSEILLE&naventryid=145
Forum de discussion: 2 Messages de forum
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Saturnisme : la grosse colère de Mac Wluczka
j’aurai voulu savoir si le plombage des dents peut-etre à l’origine d’une intoxication au plomb,Christelle de Martinique.
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Saturnisme : la grosse colère de Mac Wluczka
Mon pere qui travaillait dans une casse est décédé a l’age de 41 ans d1 accident cardio vasculaire, il etait intoxiqué au plomb , je souhaiterais savoir s’il y a eu des cas similaires, a l’epoque en 98 les medecins lui affirmaient que ce n’etait pas une maladie répertoriée dans les maladies professionelles qu’en pensez vous , quelqu’un peut il m’eclairer ?