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Croix-Rouge et mondialisation : « l’effet poil à gratter »
21 avril 2001 (Le Devoir)
MONTREAL, 21 avril 2001 (Le Devoir)
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Hélène Baril
Pour la très grande majorité des habitants de cette planète, le libre-échange, la mondialisation, la ZLEA ou l’ALENA, ça ne signifie absolument rien. Ils sont beaucoup trop préoccupés à trouver de quoi manger, se vêtir, et à éviter de tomber malades. Il y a un milliard de personnes sur la terre qui n’ont pas accès à l’eau courante, rappelle Didier Cherpitel, le secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, au cours d’une entrevue accordée au Devoir.
M. Cherpitel était un des participants à la Conférence de Montréal, qui se préoccupe de libre-échange et de nouvelle économie et dont les travaux ont pris fin hier. Mais que faisait donc le patron de la Croix-Rouge à la Conférence de Montréal ?
Il souhaitait rappeler que la libéralisation des échanges est le problème des pays riches. « C’est l’effet poil à gratter », dit-il. Comme le poil à gratter, ça dérange de se faire dire qu’à notre époque de prospérité économique triomphante, un milliard de personnes subsistent encore avec moins de 1 $ par jour.
Il ne faudrait pas croire pour autant que le secrétaire général de la Croix-Rouge s’oppose au libre-échange et à la mondialisation du commerce. Français d’origine, il a été banquier toute sa vie, pour la banque d’affaires JP Morgan, aujourd’hui devenue Morgan Chase. C’est d’ailleurs pour conclure une émission d’obligations avec le gouvernement du Québec qu’il est venu ici pour la première et la seule fois jusqu’à aujourd’hui. C’était en 1984. S’il se rappelle le montant du financement (400 millions d’euros-francs), il a oublié le nom du ministre des Finances qui avait signé les documents (c’était Jacques Parizeau).
Un banquier recyclé dans l’humanitaire
En principe, rien ne prédispose un spécialiste de la finance internationale à se recycler dans les oeuvres humanitaires, à moins de vouloir réparer le mal qu’il a fait comme banquier. « Disons plutôt qu’après avoir beaucoup reçu, je me suis dit que le temps était venu pour moi de donner », corrige-t-il.
Élu en 1999 par les représentants des 176 sociétés nationales qui forment la Croix-Rouge internationale, le secrétaire général est bien placé pour savoir que la croissance économique et la libéralisation des échanges ne profitent pas à tout le monde. « Ça ne profite qu’à une minorité de pays », reconnaît-il.
L’Afrique, par exemple, continue de sombrer dans l’oubli pendant que le reste du monde, en Asie, en Europe et en Amérique, se constitue en grands blocs commerciaux. « Les pays pauvres n’ont pas le droit de parole dans ces négociations », constate le patron de la Croix-Rouge.
Même dans les pays riches, toute la population ne profite pas de la prospérité économique. « Il y a des disparités et des exclus dans les pays riches. On ne peut pas les nier mais on a des moyens de réduire ces disparités », dit-il. L’aide aux chômeurs et aux plus démunis est une mesure qui coûte cher, mais les sociétés riches sont capables de payer.
Il en va autrement dans les pays les plus démunis de la planète. En plus de la pauvreté chronique et des catastrophes naturelles qui sont leur lot depuis toujours, les pays africains sont aux prises avec la plus grave crise de l’histoire connue de l’humanité, le sida. Dans l’indifférence générale, 300 personnes meurent chaque semaine du sida en Zambie, souligne Didier Cherpitel. Si on veut parler en termes économiques, c’est un pays qui verra son produit intérieur brut diminuer de 15 % cette année à cause des conséquences de ce taux élevé de mortalité, ajoute-t-il.
Voilà pourquoi le secrétaire général de la Croix-Rouge était à Montréal cette semaine. « Nous avons un devoir d’être plus présents dans cet environnement », dit-il. Avec la ministre des Affaires étrangères du Salvador, Maria Eugenia Brizuela de Avila, l’ex-ministre Lloyd Axworthy et l’ex-premier ministre de l’Ontario Bob Rae, le secrétaire général de la Croix-Rouge a discuté de la nouvelle économie et de ses perspectives.
Car même quand la situation a l’air désespérée, il faut travailler à trouver des solutions, selon lui. L’Afrique finira peut-être par rejoindre les pays en voie de développement, qui peuvent espérer profiter de la croissance économique mondiale, selon lui. « Pendant longtemps, les pays africains se contentaient de dire aux pays riches : on a des problèmes, aidez-nous, envoyez l’argent, dit-il. Ça commence à changer. »