Accueil du site > Revue de presse > Revue de presse (1995-2002) > 2001 > 04 >
Marc Gentilini
Trois questions à Marc Gentilini, président de la Croix Rouge française
20 avril 2001 (AFP)
PARIS, 20 avril 2001 (AFP)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
Le Pr Marc Gentilini, président de la Croix Rouge française, qui a mis en place plusieurs centres de traitement ambulatoire contre le SIDA en Afrique, interrogé par télephone à Tripoli (Lybie), fait preuve d’un optimisme mesuré aprés que les laboratoires pharmaceutiques avaient décidé de retirer leur plainte contre la décision de l’Afrique du sud de fabriquer des médicaments génériques contre le SIDA.
Q - Quelle est votre réaction ?
R - C’est une bonne chose, c’est un pas pour plus de compréhension. Il faut aller de l’avant mais dans la rigueur. Les règles de distribution de médicaments, qui sont efficaces mais qui ont des effets secondaires importants, doivent être respectées, en Afrique comme ailleurs.
Ce retrait est un geste politique qui ne résout pas pour autant le débat. Mais je ne suis pas sûr que les laboratoires n’ont pas une arrière pensée, qu’ils ne demandent une contrepartie. La principale démarche ce n’est pas seulement d’obtenir des médicaments, c’est aussi de les distribuer.
Q - L’industrie pharmaceutique a-t-elle capitulé ou s’est-elle rendue aux arguments des acteurs de la santé publique ?
R - Attention ! je suis tout à fait contre la diabolisation de l’industrie pharmaceutique qui n’est pas une oeuvre de charité. Je suis préoccupé par cette capitulation qui ne me parait pas avoir été précédée d’une négociation intelligente. Il ne faut pas fabriquer de mauvais génériques pour tenter de guérir une vraie maladie.
Même si on importe ou si on fabrique des génériques qui sont des médicaments copiés, les copies seront bonnes si la molécule est facile d’accès. Si cette molécule est complexe, les erreurs de copiage seront multiples. En outre, il ne faudrait pas que que l’industrie pharmaceutique ne soit tentée de ralentir ses recherches sur de nouvelles molécules.
Q - Les centres de traitement ambulatoires que vous mettez peu à peu en place dans différents pays d’Afrique ne vont-ils pas prouver là leur utilité ?
R - L’accès à ces médicaments est insuffisant. L’OMS est malheureusement absente, au point qu’a été créée l’ONU-SIDA. Le jour où les populations auront enfin accès à ces médicaments et aux antiviraux, entre autres, il faudra que cette distribution se fasse dans la rigueur et sous contrôle. Il faudra des évaluations, qu’on ne fasse pas n’importe quoi et surtout éviter que des résistances aux molécules antirétrovirales n’apparaissent rapidement.
Nos sept centres de traitement ambulatoires s’occupent du traitement mais aussi de la prévention et de la prise en charge sociale et psychologique. Ils permettent d’ores et déja un suivi des patients sous antirétroviraux et une évaluation efficace.