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Nigeria : la lutte contre le sida marque le pas, la prise en charge toujours timide
30 novembre 2000 (AFP)
ABIDJAN, 30 novembre 2000 (AFP)
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Par Fabienne POMPEY
La lutte contre le sida a marqué le pas depuis deux ans en Côte d’Ivoire, pays le plus touché d’Afrique de l’Ouest, alors que l’accès aux tri-thérapies reste limité malgré le lancement d’un programme "pilote".
"Il faut reconnaître que depuis deux ans nous avons connu une baisse d’activité", admet le docteur Kassim Sidibé, directeur du programme national de lutte contre le sida (PNLS).
Très évasif sur les raisons de ce ralentissement, le Dr Sidibé évoque les fréquents changements à la tête du PNLS et "les mêmes problèmes que dans le reste des services de santé".
Le système de santé ivoirien souffre de gabegie, de corruption et de mauvaise gestion. De plus, la période de "transition" militaire, de janvier à octobre 2000, s’est traduite par un immobilisme certain dans quasiment tous les secteurs, publics ou privés.
Après plus de 10 ans de lutte, la Côte d’Ivoire n’est pas parvenue à faire diminuer le taux de prévalence du sida, officiellement de 10% de la population sexuellement active, le plus élevé de toute l’Afrique de l’Ouest.
Le nombre de cas de tuberculose, pathologie couramment associée, a augmenté de plus de 100% ces dernières années, passant de 3.000 à 7.000 par an. Un tiers de l’ensemble des services de santé sont occupés par des séropositifs et 8 lits sur 10 dans les services de pneumologie ou de maladies infectieuses.
Outre l’impact sur le système de santé en général, le sida a également de graves conséquences sur d’autres secteurs. En Côte d’Ivoire, un instituteur décède de la maladie chaque semaine.
"Le manque d’information et la désinformation ont fait plus de dégâts que le virus lui-même", regrette également le responsable de l’Onusida (Programme des Nations unies sur le VIH et le Sida) à Abidjan, le docteur Mamoudou Diallo.
Quelques succès ont tout de même été enregistrés. Le nombre de préservatifs vendus est passé de 500.000 en 1991 à 23 millions en 1999. La sensibilisation a bien fonctionné chez les prostituées, dont le taux de prévalence est passé de 90% à moins de 30% en sept ans.
Mais pour la prise en charge thérapeutique des séropositifs, "les actions sont encore timides", reconnaît le Dr Sidibé.
Depuis avril 1998, l’Onusida a mis en place un projet pilote pour fournir des traitements à moindre coût, dans un pays où le salaire minimum est de 35.000 F CFA (350 FF, 53 euros), une tri-thérapie coûtant plus de 10 fois cette somme.
Alors que le pays compte au moins un million de séropositifs, moins de 800 d’entre eux - dont la moitié sont pris en charge dans le cadre de cette initiative - ont accès aux anti-rétroviraux.
L’Onusida ne fournit qu’un appui technique, la subvention des traitements provenant de l’Etat ou du Fonds de solidarité thérapeutique international (FSTI), alimenté exclusivement par la France.
Le gouvernement ivoirien a débloqué, pour l’année 2000, un milliard de francs CFA (100 M de FF, 15 M d’euros). Le FSTI, dont le budget est de 670 millions de F CFA (67 M de FF, 10 M d’euros), prend en charge essentiellement les femmes qui ont bénéficié d’un programme "transmission mère-enfant".
L’essentiel de l’accès aux médicaments dépend donc de l’Etat, dont le budget n’est pas extensible.
Par trois fois cette année, les centres agrées ont été en rupture de stocks d’un ou plusieurs médicaments.
Le Dr Sidibé invoque des "problèmes techniques", quand des médecins dénoncent une gestion trop complexe, des "magouilles" et de mauvaises négociations avec les laboratoires européens.
La pharmacie centrale a proposé de fournir des médicaments génériques, fabriqués au Brésil, pour pallier les pénuries, mais de nombreux médecins ont pendant des mois refusé de les prescrire.
Selon les associations locales de personnes vivants avec le VIH, ces interruptions seraient responsables de 90 décès cette année.