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Au Kenya, les porteurs du VIH réduits à rêver à des "pilules colorées"
30 novembre 2000 (AFP)
NAIROBI, 30 novembre 2000 (AFP)
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par Juliette HOLLIER-LAROUSSE
Porteur du VIH depuis 8 ans, Omari rêve la nuit d’un "cocktail de pilules colorées". Ce Kenyan de 37 ans lutte avec ses faibles moyens contre le sida, sans grand espoir d’obtenir les anti-rétroviraux proposés dans le monde occidental.
"J’essaye de tenir le coup, mais si mon système immunitaire ne peut pas être renforcé, je connais la fin", confie-t-il à l’AFP dans une clinique proche d’un bidonville où il donne lui-même un soutien psychologique aux porteurs du virus pour l’organisation non gouvernementale Médecins sans Frontières (MSF).
"J’ai vu mourir tant de gens. Ces produits peuvent prolonger la vie. Ce serait bien si je pouvais en profiter", ajoute Omari, qui préfère ne pas voir publier son nom pour éviter à sa famille des conséquences négatives.
En huit ans, Omari a été soigné trois fois pour une tuberculose et trois fois pour une pneumonie. Il consulte régulièrement pour toutes les maladies opportunistes liées au VIH.
Après avoir vécu dans la peur de la réaction de sa communauté, il a commencé à témoigner dans des ateliers et des conférences.
"Une fois, lors d’un atelier, certaines personnes se sont forcées à vomir en apprenant que j’étais porteur du virus, car nous venions de partager un repas", raconte-t-il.
Il y a deux ans, se souvient-il, lors d’une conférence réunissant des porteurs du virus à Genève, "chacun échangeait des informations sur ses traitements". "Les autres me demandaient : sous quelles thérapies es-tu ? Aucune, ai-je répondu. Mais comment fais-tu pour survivre ?".
Il sort de sa poche une ordonnance, rédigée lors d’une récente consultation. Elle contient un cocktail d’anti-rétroviraux destiné à renforcer son système immunitaire.
Il ne peut les acheter, car aucune assurance privée au Kenya ne couvre les infections liées au VIH. Ces produits lui coûteraient 40.000 shillings (500 dollars) par mois, bien plus que ses revenus.
"Même si leur prix était divisé par quatre, cela resterait hors de portée", regrette-t-il. D’autant plus que son épouse est également porteuse du VIH. "Nous n’avons pas voulu faire de test à notre fils, qui a 12 ans, mais il n’a jamais développé de symptômes", confie-t-il.
Des cas comme celui d’Omari, ou pires, sont légion au Kenya, explique le Dr John Wasonga, qui participe au projet sida de MSF.
Dans le service public, où il travaillait auparavant, les porteurs du virus peuvent bénéficier gratuitement d’un traitement contre la tuberculose et, à un prix modique, d’un traitement contre la pneumonie - deux des plus fréquentes maladies opportunistes liées au VIH.
En revanche, si les malades développent une forme de méningite très courante chez les séropositifs, "le service public est incapable de leur proposer un traitement abordable". "Si leur famille ne peut pas recueillir des fonds pour payer les médicaments nécessaires, ils meurent rapidement", explique le docteur.
De même, les cocktails d’anti-rétroviraux destinés aux malades ou aux femmes enceintes pour limiter la transmission à l’enfant ne sont disponibles que dans les établissements privés, à des prix très élevés, ajoute-t-il.
"Le gouvernement est encore plus impuissant que les victimes, c’est désespérant", ajoute-t-il, plaidant en faveur d’une réduction importante des prix des médicaments.
Des négociations sont en cours entre le gouvernement kenyan et plusieurs groupes pharmaceutiques qui ont offert des baisses de prix sur certains médicaments dont ils détiennent les patentes.
Selon l’ONU, le Kenya comptait fin 1999 2,1 millions de porteurs du VIH et de malades du sida, sur une population de 29 millions d’habitants.