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En Occident, la vigilance diminue face au SIDA et l’épidémie ne régresse plus
30 novembre 2000 (AFP)
PARIS, 30 novembre 2000 (AFP)
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Par Philipe COSTE
A quelques heures de la Journée mondiale de lutte contre le sida vendredi, le constat est amer : dans les pays pauvres, l’épidémie ne cesse de gagner du terrain et, dans les pays occidentaux —où existent pourtant les traitements coûteux—, elle a cessé de régresser.
Dans des régions du globe encore considérées l’an dernier comme relativement épargnées —Amérique latine, Caraïbes et Asie du Sud et du Sud-est— le virus de l’immuno-déficience humaine (VIH) progresse à pas de géants. Et, en attendant l’explosion prévisible en Chine, la maladie fait des ravages en Russie, en Estonie et en Lituanie.
Dans la plupart des pays occidentaux, l’arrivée des tri-thérapies, prise parfois à tort pour la fin de l’épidémie, a fini par entraîner un relâchement de la vigilance qui a stoppé net la régression de la maladie.
En France, la part des contaminations chez les personnes hétérosexuelles et chez les travailleurs migrants augmente et, dans la communauté homosexuelle, elle reste stable. Mais ne baisse pas.
C’est l’association Act Up qui est montée au créneau la première : "depuis un an et demi, nous nous battons contre le +relapse+ (mot qui veut tout aussi bien dire relâchement de la prévention que rechute dans le pêché), car nous n’avons pas envie de revivre ce qui s’est passé il y a dix ans, au plus fort de l’épidémie", a expliqué à l’AFP la présidente de l’association, Emmanuelle Cosse.
L’association s’en est notamment pris à la cinquantaine de "sex-clubs" parisiens équipés de "backrooms" —un record mondial— où, dans la pénombre des sous-sols, les clients enchaînent les relations sexuelles, parfois sans protection.
"Le sida, ça emmerde tout le monde mais tant pis. Il faut tout reprendre à zéro, expliquer à des gens de 20 ans que ça s’attrape encore et que pratiquer le +barebacking+ (à l’origine monter à cru, maintenant avoir volontairement des rapports non-protégés), c’est prendre un risque inouï de contracter une maladie qui n’appartient pas à l’histoire ancienne", souligne Emmanuelle Cosse qui ne cesse, par ailleurs, de demander aux pouvoirs publics de développer la prévention.
Grâce à la détermination d’Act Up, les propriétaires de ces lieux de rencontres ont fini par accepter de distribuer des préservatifs, mais encore trop parcimonieusement aux yeux de la présidente de l’association.
La propagation de l’épidémie est cependant loin d’être le seul fait des homosexuels : selon les dernières données publiées par les autorités sanitaires, près de la moitié, 47% exactement, des personnes touchées par le virus au cours des deux dernières années ont découvert leur séropositivité quand la maladie a commencé à se développer.
Et dans un quart des cas, les séropositifs n’ignoraient rien de leur état mais n’avaient pas demandé à bénéficier d’un traitement antiviral avant de passer au stade réel de la maladie.
En France, un peu plus de 20.000 personnes sont actuellement atteintes par le sida, entre 90.000 et 120.000 sont porteuses du virus et de 35.000 à 39.000 personnes en sont mortes depuis le début de l’épidémie.
A l’échelle planétaire, plus de 36 millions de personnes sont actuellement porteuses du virus du sida, dont 70% en Afrique subsaharienne.
Depuis le début des années 80, la pandémie a tué près de 22 millions de personnes, dont quatre millions d’enfants.