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Massacres coloniaux | Mémoire de la colonisation
Controverse sur l’accès aux archives de la répression anti-algérienne du 17 octobre 1961
11 octobre 2000 (Le Monde)
PARIS, 11 octobre 2000 (Le Monde)
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La préfecture de police de Paris refuse la demande de l’écrivain Jean-Luc Einaudi. L’accès aux archives concernant la répression sanglante de la manifestation des Algériens de Paris, le 17 octobre 1961, fait à nouveau l’objet d’une controverse. Quelques mois après les déclarations de Lionel Jospin favorables aux recherches historiques sur ces événements, Jean-Luc Einaudi, auteur d’un ouvrage de référence sur le sujet, vient de se voir refuser l’accès aux archives de la préfecture de police de Paris.
LES ARCHIVES de la préfecture de police de Paris ne s’ouvrent que très partialement. C’est l’intime conviction de Jean-Luc Einaudi, auteur de La Bataille de Paris, 17 octobre 1961 (Seuil, 1991), le livre qui a sorti de l’oubli la sanglante répression de la manifestation pro-FLN du 17 octobre 1961 à Paris. Pour la quatrième fois , M. Einaudi vient de se voir refuser l’accès aux archives des autorités policières parisiennes. Dans un courrier adressé le 17 novembre 1998 à Philippe Massoni, préfet de police, l’écrivain avait demandé à « consulter, par dérogation, l’ensemble des archives de la préfecture concernant les événements des 17, 18 octobre et jours suivants ». Le 17 octobre 1961, alors que des dizaines de milliers d’Algériens manifestent pacifiquement dans les rues de Paris en solidarité avec le FLN, la police française se livre à une répression féroce qui tourne vite à la ratonnade. Poursuivi en diffamation par Maurice Papon, dont il avait rappelé le rôle en tant que préfet de police, Jean-Luc Einaudi avait bénéficié d’une relaxe, en mars 1999. Dans un courrier daté du 29 septembre 2000, Yves Le Breton, chef de cabinet de Philippe Massoni, explique qu’il ne lui paraît pas possible de « déroger aux termes de l’article 7 de la loi du 3 janvier 1979 sur les archives », qui fixe un délai de soixante ans pour l’accès aux documents nominatifs « qui mettent en cause la vie privée ». Ce délai n’étant pas encore atteint pour tout ce qui touche aux événements du 17 janvier 1961, le préfet refuse donc d’ouvrir ses archives.
PRESCRIPTION DE SOIXANTE ANS
La loi du 3 janvier 1979 instaure en effet une prescription de trente ans pour l’accès aux archives publiques, mais prévoit une série d’exceptions. Ainsi les fonds d’archives « sensibles » de certains ministères comme ceux de la défense, des affaires étrangères ou de l’intérieur, ne peuvent être librement communiquées dès lors qu’elles « mettent en cause la sûreté de l’Etat ou la vie privée des individus ». C’est ainsi que les archives ayant trait à la guerre d’Algérie sont soumises à un délai de prescription de soixante ans. Voici des mois que le gouvernement étudie une réforme de la loi sur les archives, visant à raccourcir les délais de consultation. Le projet demeure toujours en arbitrage à Matignon.
Ces derniers mois, la bataille menée par des historiens pour l’accès à ces archives semblait avoir marqué des points. Le 5 mai, le gouvernement avait décidé « de faciliter les recherches historiques sur la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961 et plus généralement sur les faits commis à l’encontre des Français musulmans d’Algérie durant l’année 1961 ». Le premier ministre avait alors exhorté les ministres responsables de la gestion de ces archives à accorder largement les dérogations nécessaires aux chercheurs travaillant sur cette période. Déjà, en octobre 1997, Catherine Trautmann, alors ministre de la culture, avait annoncé l’ouverture des archives de son ministère. Au même moment, une circulaire de Matignon demandait aux préfets et services responsables de répondre dans un délai maximal de trois mois aux demandes individuelles de consultations des archives. Un délai largement dépassé s’agissant de M. Einaudi.
Pour l’écrivain, « c’est le règne du bon vouloir du préfet de police qui gère ses archives sans aucun contrôle ». D’autres historiens ont obtenu un feu vert de M. Massoni. « Il y a deux poids, deux mesures. Cette décision arbitraire est dirigée contre mes travaux », s’insurge M. Einaudi. La polémique sur le nombre de morts lors des événements d’octobre 1961 ne cesse de rebondir au gré des publications : trente-deux morts selon un rapport remis, en mai 1998, à Jean-Pierre Chevènement ; quarante-huit décès, d’après un second rapport remis à Lionel Jospin un an plus tard ; plus de deux cents morts selon M. Einaudi. Soucieux de voir cette période enfouie dans la mémoire collective française reconnue comme « crime contre l’humanité », l’Association 17 octobre 1961 contre l’oubli organise un colloque sur le sujet le 21 octobre à l’Assemblée nationale.
Sylvia Zappi
Forum de discussion: 2 Messages de forum
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Controverse sur l’accès aux archives de la répression anti-algérienne du 17 octobre 1961
Je souhaite réagir à propos du 17 octobre 1961 et de la guerre d’Algérie en général : il faut que l’on puisse accéder facilement aux archives concernant ces événements sinon personne (en dehors des personnes ayant vécu ces malheureux et monstrueux moments et qui continuent de subir) ne saura rien sur ces époques. En effet, lorsque j’entends ma grand mère, mon grand père, ma mère, mon père, mes tantes, mes oncles... et que je compare leurs dires aux déclarations faites par les représentants de l’Etat français, je ne m’y retrouve plus. Ma famille me cache certains détails pour ne pas me heurter et je ne peux pas tout savoir sur mon passé car je ne retrouve rien de ce qu’ils me racontent dans les manuels scolaires ! Est-ce vraiment normal ?