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Derrière les barreaux, la vie tant bien que mal
27 avril 2000 (Ouest-France)
PARIS, le 27 avril 2000 (Ouest-France)
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Une journée au centre de détention de Caen
Née après les révélations en janvier du médecin-chef de la Santé, à Paris, la commission D’enquête parlementaire sur les prisons françaises va auditionner, ce jeudi à l’Assemblée nationale, plusieurs professionnels. Parmi eux, Jean-Louis Daumas, directeur du centre de détention de Caen. D’habitude réservée, l’administration pénitentiaire a décidé de miser sur la transparence en ouvrant ses portes.
Sans langue de bois, Jean-Louis Daumas estime que la société française " a un problème avec ses prisons ". Caméras, micros, appareils photo... Il ne se passe plus une semaine sans que des journalistes ne franchissent le portique électronique du centre de détention de Caen. Depuis la sortie du livre du docteur Vasseur, au mois de janvier dernier, l’univers carcéral est au centre D’une tempête médiatique sans précédent. Une situation agaçante pour le directeur caennais ? Au contraire, Jean-Louis Daumas s’en félicite presque. Il n[base ’]espère qu[base ’]une chose : " Que le soufflé ne retombe pas ". Un discours surprenant dans la bouche D’un responsable de l’administration pénitentiaire. Mais Jean-Louis Daumas est en quelque sorte un avant-gardiste. " Bien avant l’installation de la commission parlementaire, ces dernières semaines, j’avais invité les élus du coin pour une visite. Une poignée seulement sont venus. Je crois que la société française a un problème avec ses prisons. " Sans détour, l’ex-éducateur, dans " la pénitentiaire " depuis 1985, analyse la situation de l’univers carcéral. "
Entre les années 60 et 80, il y a eu un décalage considérable entre la société civile et ce qui s’est passé derrière les barreaux, c[base ’]est-à-dire pas grand-chose. Le choc culturel de 1968 n[base ’]a pas passé les murs de la prison. Puis, dès 1981, on a essayé de rattraper ce décalage sociétal : suppression des vitres aux parloirs, entrée de la culture, télévision autorisée... C[base ’]était nécessaire, mais la machine s’est emballée. " 45 perpétuités l’opinion publique n[base ’]aurait, elle, pas suivi les mêmes avancées. " On réclame plus de sûreté, de sécurité. On a tendance ainsi à mettre à l’écart ceux qui font des choses horribles. Et jusqu[base ’]à maintenant, on ne voulait pas savoir ce qui se passait ensuite.
" Les chiffres confirment le propos. Si le nombre D’emprisonnements fléchit, " 70 000 en 1999 contre 85 000, il y a quelques années, la durée des peines augmente considérablement ". A Caen , la peine moyenne est ainsi D’une dizaine D’années. Pour autant, 45 détenus sur les 420 présents sont condamnés à perpétuité. " l’une des conséquences directes de ce durcissement est le vieillissement de la population. En 1990, la moyenne D’âge dans notre centre était de 38 ans. AujourD’hui, elle est de 46 ans. " Le fond du problème ne serait donc pas seulement financier. Certes, des crédits supplémentaires permettraient D’améliorer l’ordinaire. Le centre pénitentiaire, édifié au XIXe siècle, mériterait par endroit un coup de pinceau. Les bâtiments annexes, construits après, vieillissent eux aussi. " Mais, nous refaisons des douches, des sanitaires. La laverie est désormais équipée de machines performantes... Où sont les rats dont j’ai entendu parler il y a quelques semaines ? "
Dur labeur
Même sûreté de ton sur le chapitre de la violence. " C[base ’]est surtout le fait des maisons D’arrêt. Parce que là, il y a promiscuité. Le dernier suicide ici date de janvier 1999 et l’an dernier, cinq actes de violence ont été connus et réprimés : une bagarre aux cuisines, une autre aux ateliers, une paire de gifles... Vous dire qu[base ’]il n[base ’]y en a pas plus ? Je ne suis pas naïf. On parle de violences physiques, il ne faut pas oublier la violence psychologique. Vivre l’enfermement, c[base ’]est pesant... " Loin de vouloir dresser un portrait idyllique, Jean-Louis Daumas concède que des efforts restent à faire : la reconnaissance de la parentalité ou... le travail salarié des détenus. Toute personne souhaitant travailler dans l’un des ateliers est en effet systématiquement embauchée. Mais à quel prix ? " l’administration générale demande que les employeurs versent au minimum 19 F de l’heure. " Une misère, pas un salaire. La tarification est attractive. Elle séduit les entreprises pour qu[base ’]elles s’installent à l’intérieur de la prison. " Le grand défi des années à venir est la définition D’un véritable contrat de travail, apportant un certain nombre de garanties au salarié. "
" En prison, tout seul, tu te blindes "
Bleus à l’âme, conditions de vie, attentes... cinq détenus racontent
Au détour d’un couloir du bâtiment culturel, une porte est ouverte. Pierre, Patrick et trois autres détenus partagent un café. La conversation s’engage. Bleus à l’âme, conditions de vie, attentes... Aux questions, ils répondent sans joker. " La vie en détention n’est pas facile. Il faut faire avec les avantages et les inconvénients. "
Il est 16 h. Un sourire dissimulé derrière la barbe, Pierre se livre sans concession. Condamné à perpétuité, sa vie s’égrène depuis quinze ans derrière les barreaux. " L’important est d’essayer de se stabiliser soi- même car on est seul. S’occuper, avoir une activité pour évoluer, c’est essentiel. Puis, petit à petit, on se blinde ! " A ses côtés, Patrick purge, lui aussi, " perpète ". Dix-huit ans qu’il est privé de liberté. " Il arrive un moment où l’on estime avoir payé. Il y a en quelque sorte une date butoir après laquelle on a vraiment envie de sortir. " Mais il faut attendre. Attendre cette décision venant " d’en haut et pouvant tomber demain, après-demain ou... " : la liberté conditionnelle. Il faut tenir.
Pour les uns, la famille est l’unique amarre. Pour les autres, c’est une formation, un stage, la promesse d’une nouvelle vie dehors qui permet de garder la tête hors de l’eau. Les plus forts résistent par la seule force de leur caractère. " La prison, c’est une parenthèse dans ma vie. Je sortirai avec l’âge que j’avais quand je suis rentré. " Les autres ont recours " aux cachetons ". Vivre autrement qu’au jour le jour est ainsi bien difficile. Le quotidien doit s’organiser entre les six ou neuf m2 de la cellule, les activités et les autres détenus. "
Il n’y a pas de hiérarchie entre nous, pas de jugement. S’il y a des personnes que l’on n’apprécie pas, on ne les fréquente pas. Bonjour, bonsoir, un point c’est tout. Notre passé, notre condamnation, ce ne sont pas des sujets que l’on aborde systématiquement. Mais si ça vient sur le tapis, pas de problème, ce n’est pas tabou. " La politesse, le respect. Ces mots résonnent dans leur bouche comme pour rendre l’univers carcéral plus humain qu’on ne le dit. " Parce que s’il n’y a pas ça, vous devenez fou. " 18 h 30. La journée se termine. L’heure de réintégrer les cellules, avant le dîner servi à 19 h. La longue nuit commencera une demi-heure plus tard. A ce moment-là, " il faut se méfier de la gamberge ".
Forum de discussion: 1 Message
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Derrière les barreaux, la vie tant bien que mal
il est très émouvant mais on oublit de parler des petits jeunes qui viennent d’intégré la prison pour un délai réduit. on ne parle que des détenus a perpértuité. j’aimerai aussi que vous parliez de la nourriture abominable qu’offre le centre. ce ne sont pas des animaux mais des çetre humains. j’aimerai aussi que vous parliez des gens qui attendent les détenus dehors et qui aimerai avoir des renseignement sur le parloir, comment leur envoyé de l’argent les emploi du temps des détenus en général.....