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Urgences thérapeutiques : les associations classiques se mobilisent pour obtenir les nouvelles molécules
7 juin 1999 (Migrants contre le sida)
PARIS, le 7 juin 1999 (Migrants contre le sida)
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Si l’arrivée des trithérapies a marqué dans la lutte contre le sida une étape importante, elle n’en marque certainement pas le point final. Assez rapidement, les malades ont été confrontés aux inconvénients de ces traitements contraignants.
Il y a eu, bien sûr, ce cortège inévitable d’effets secondaires propres à tous traitements lourds et continus : on connaît les nausées et la calvitie du Crixivan(r), les douleurs musculaires du Retrovir(r), les neuropathies périphériques du Zérit(r), et ces troubles inquiétants du métabolisme des graisses (lipoatrophie ou lipodystrophie) dont on ne sait pas encore tout à fait quel facteur est responsable. Il y a, aussi, maintenant, de plus en plus nombreux, ces malades « qui échappent ». Leur charge virale augmente à mesure que le virus mute et développe des résistances aux traitements, tandis que leur taux de CD4 baisse, affaiblissant leur immunité. On estime à 5 000 en France le nombre de séropositifs en échec thérapeutique, dont les hôpitaux à nouveau se remplissent. Ils ont épuisé toutes les molécules disponibles ; ils attendent que la maladie vienne les prendre.
L’échappement pose de nombreuses questions. La manière, par exemple, dont sont profilées les molécules : quand donc les laboratoires incluront-ils dans les essais cliniques de leurs nouvelles molécules des personnes lourdement prétraitées ? ! L’Agence du Médicament anticipe-t-elle l’arrivée des nouvelles molécules ou se contente-t-elle de les attendre, et parfois de les bloquer ? Et puis il y a « ce qui se dit » : il faut voir avec quelle facilité le discours dominant décrète que le VIH, c’est fini. Le sida serait par exemple devenu une maladie chronique, ce qui est faux : le propre d’une maladie chronique étant d’apparaître et d’être soignée seulement par épisode. Autre poncif, le sida ne tuerait plus, ce qui est tout aussi faux : il suffit de consulter les données épidémiologiques. Bref, médias et institutions s’accordent à nous reléguer dans le placard des maladies bénignes ; jusqu’à Joël Ménard, Directeur général de la Santé, qui projette visiblement à plus ou moins long terme de réduire en effectifs la division Sida.
Elle s’est faite, cette réunion des responsables des associations de lutte contre le sida [Migrants contre le sida n’y a pas été convié — N.D.L.R.]. À l’ordre du jour : les personnes en échappement thérapeutique lourd, ceux sur lesquels les médicaments actuellement disponibles n’ont aucun effet ; leur charge virale augmente de manière incontrôlée tandis que leur immunité s’effondre, au point qu’ils développent un problème clinique (infection opportuniste, pathologie tumorale, cancer, cachexie). Nous avions annoncé que nous étions déterminés à faire quelque chose pour eux : cela a pris forme avec la réunion des principales associations de lutte contre le sida, le 28 avril, ainsi que le groupe interassociatif TRT-5.
Parmi l’ensemble des molécules disponibles ailleurs qu’en France, quelques-unes comportent un intérêt, aujourd’hui, pour les personnes lourdement prétraitées, que nous avons pu isoler grâce à une enquête du TRT5. Il y aurait, par exemple, le FddA du laboratoire US Bioscience ; il s’agit d’un inhibiteur nucléosidique de la reverse transcriptase dont le développement a été ralenti du fait d’une toxicité cardiaque ; mais le Fdda serait actif sur les souches résistantes à la ddI, la ddC, l’AZT, ainsi que sur les souches « multi-drug résistance (MDR) ». Il y aurait, ensuite, le PMPA, du laboratoire Gilead Sciences, un inhibiteur nucléosidique de la reverse transcriptase, actif contre toutes les souches virales résistantes aux analogues nucléosidiques, mais qui présente des problèmes de toxicité rénale ; la dose maximale tolérée a été déterminée et un essai de phase II recrute aux Etats-Unis. Il y aurait, enfin, le Tipranavir, inhibiteur de la protéase, du laboratoire Pharmacia & Upjohn, efficace chez les personnes prétraitées. Molécules auxquels on pourrait ajouter le T20 de Trimeris, le premier inhibiteur de fusion qui permet, à court terme mais sur une courte période, une baisse rapide de la réplication virale. Plusieurs nécessités vont conditionner l’accès à ces nouvelles molécules : l’utilisation systématique de tests de résistances phénotypiques, afin de sélectionner, en fonction de chaque malade, les molécules les plus efficaces, qui toutes trois devront être nouvelles pour lui ; la pratique des dosages plasmatiques et intracellulaires, afin d’évaluer la biodisponibilité et les problèmes éventuels de phosphorylations. De même, cet accès précoce à de nouveaux produits devra se faire dans le cadre d’une pharmacovigilance accrue quant aux effets indésirables.
De nombreux rendez-vous vont donc être pris par le groupe des responsables d’associations, avec les laboratoires pharmaceutiques sélectionnés, mais aussi l’Agence des Produits de Santé et l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida. D’ores et déjà, un questionnaire a été diffusé devant nous permettre d’établir un panorama des personnes en échappement en France ; ce questionnaire, qui ne pourra en aucun cas faire l’objet d’un fichier est bien sûr anonyme, excepté si vous souhaitez plus tard témoigner devant les médias : dans ce cas vous devrez mentionner vos coordonnées. Soyez nombreux à nous répondre ; appelez-nous comme certains l’ont déjà fait, si vous souhaitez recevoir d’autres exemplaires du questionnaire. Il ne s’agit plus maintenant que de nous faire entendre.
Marc Jaffeux