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Paul Farmer
Le contre-exemple : un projet pilote réussit le pari de fournir les antirétroviraux aux malades du sida d’un petit village haïtien
10 octobre 2001 (Migrants contre le sida)
PARIS, 10 octobre 2001 (Migrants contre le sida)
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Traduit d’un article de l’AmFAR, 1er septembre 2000.
Le docteur Paul Farmer, un américain blanc de 40 ans, chercheur à Harvard, a mis en place depuis 1983 un projet de santé communautaire au sein du village de Cange. Il travaille en collaboration avec le Père Fritz Lafontant, un prêtre respecté au sein du village qui a aidé à mobiliser la communauté pour ce projet. Le sida est apparu à Cange dès 1986. C’est en 1995 que Zanmi Lasante a proposé l’AZT aux femmes enceintes pour réduire la transmission du virus de la mère à l’enfant. Depuis 1997, un traitement d’urgence post-exposition (AZT, 3TC, inhibiteur de protéase) est proposé aux travailleurs de santé et aux victimes de viol.
Le projet d’accès aux antirétroviraux s’appelle « Égalité HIV » (HIV Equity), car pour l’équipe de Zanmi Lasante la lutte pour l’accès aux médicaments contre le VIH est une question de justice : « Les gens qui disent qu’on ne peut pas soigner les pauvres avec ces médicaments cherchent en fait une raison pour ne pas le faire. Le c[oe]ur du problème est une question d’avarice et d’indifférence. C’est incroyable combien de prétextes ils trouvent quand ils ne veulent pas faire quelque chose. En fait, c’est simplement que les pays riches ne veulent pas payer pour les pauvres. Pas ici, et pas là-bas non plus. Je ne nie pas que le VIH et le SIDA sont des maladies complexes, mais elles peuvent être gérées avec des médicaments que nous avons, comme la tuberculose peut l’être avec la stratégie DOT de prise en charge... »
L’initiative a été lancée en 1998, avec la proposition d’antirétroviraux à quelques patients dont les maladies opportunistes étaient devenues insoignables. À Cange, la tuberculose pulmonaire est la maladie la plus fréquente, suivie par la cachéxie (maladie intestinale chronique, perte de poids) et les complications neurologiques liées au VIH. Aujourd’hui, 65 personnes reçoivent une trithérapie. Il y a une longue liste de malades en attente : 4 000 habitants du village sont touchés par le VIH, et probablement 10 % d’entre eux devraient prendre une trithérapie, au vu du stade avancé de leur infection.
Les premiers résultats du projet montrent que 83 % des patients ont une charge virale indétectable. Le docteur Farmer rapporte peu d’effets indésirables, et peu d’échecs thérapeutiques, malgré des remontées de CD4 variables selon les individus.
Réaction de Jean William Pape : « Ils font un excellent travail... il y a une différence entre leur projet, financé par des fonds privés, et ce qu’il est possible de faire avec des fonds publics... Mais il faut faire attention de ne pas aller trop vite, nous devons bâtir l’infrastructure pour assurer notre réussite. Je m’inquiète du développement de virus résistants : nous ne pouvons échouer car les conséquences seraient énormes. »
Patrick Joseph, un médecin du projet GHESKIO : « La plupart des médecins haïtiens ne considèrent pas leurs patients comme étant leurs égaux, je doute qu’ils en soient capables... Nous ne pouvons pas tous être des Paul Farmer... »
Réaction de Paul Farmer : « C’est possible de faire la même chose dans d’autres communautés, mais c’est une autre question de savoir si il y a réellement une volonté de faciliter l’accès aux médicaments... »