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À propos de l’émission de radio
La voix des oubliés du sida (360° Magazine)
1er février 2003 (360º Magazine)
Article paru dans 360º Magazine N° 27 (février 2003)
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Une émission diffusée sur des ondes associatives porte la voix du combat que mènent les séropositifs d’origine étrangère contre la maladie. Premiers touchés par l’épidémie, les « migrants contre le sida » revendiquent un accès égalitaire aux soins. Leur combat rejoint celui des homos américains dans les années 80, même s’ils sont encore loin de peser en tant que lobby, faute de droits sociaux.
360° est une revue issue du mouvement homosexuel en Suisse.
Le soleil rougeoie sur les immeubles. Dans la rue d’Aubervilliers, les vitrines s’emplissent des galettes préparées en période de Ramadan. A en juger par son aspect extérieur, le bâtiment qui abrite Fréquence Paris Plurielle est un local que la SNCF n’utilise plus depuis un certain temps. Depuis l’étage de cette radio associative, on surplombe les rails qui traversent le 18ème arrondissement. C’est là que tous les mardis, Reda et Samia animent en direct l’émission « Migrants contre le sida ». Il est 16h45, Reda briefe ses invités de la semaine : Cécile Goujard, médecin, Ibrahim Wagne et Fatou Kamara, membres d’une association. L’heure du direct approche, et le soleil se couche. Fatou sort les gâteaux qu’elle a prévu pour la rupture du jeûne. « L’émission s’adresse aux oubliés de la maladie, les séropositifs issus de l’immigration, et notamment les jeunes d’origine maghrébine et africaine » lance Reda en présentation.
La journée contre le sida du 1er décembre et la fin du Ramadan figurent au sommaire d’une semaine chargée en actualité. Que les animateurs ne se privent pas de commenter. En diffusant par exemple ce message laissé par un journaliste sur le répondeur de l’émission : « pour la journée contre le sida, je cherche un jeune séropositif de moins de 25 ans… ». La réponse de Reda fuse à l’antenne, en forme de coup de gueule : « nous ne sommes pas une agence prestataire de services, tous les ans à la même époque, c’est la même chose, les journalistes veulent interviewer le "terrain" sans écouter les revendications ». De fait, Reda Sadki est en contact direct avec les malades et leurs proches. Régulièrement contacté pour sa bonne connaissance du terrain, ce bénévole fut notamment invité à participer au rapport 2002 « Prise en charge des personnes infectées par le VIH » (éditions Flammarion).
Car depuis ses débuts en 97, l’émission « Migrants contre le sida » génère autour d’elle un important réseau d’auditeurs, constitué depuis en association. Le comité « Solidaires pour survivre au sida » rassemble aujourd’hui environ 200 familles issues de l’immigration concernées par la maladie et délivre conseils pratiques et informations juridiques, médicales ou culturelles pour leurs proches en France ou à l’étranger. L’émission et son répondeur, mais aussi un site web, veulent rallier autant d’oubliés que possible.
Un « relais de mobilisation » précieux, car après vingt et un ans d’épidémie, le bilan est lourd : au moins 15 000 des plus de 35 000 hommes et des femmes morts du sida en France étaient des immigrés et des enfants d’immigrés, pour moitié d’entre eux issus de la communauté maghrébine. La France est le seul pays au monde au sein duquel une minorité arabe a été frappée de plein fouet par l’épidémie. Pour la seule ville de Paris, les deux tiers des nouveaux cas dépistés sont d’origine africaine.
Un état des lieux accablant qui laisse pourtant les hommes politiques mutiques. « On parle beaucoup du sida en Afrique, mais on oublie les africains qui vivent ici » résume le fondateur d’African Positifs, cité sur le site web de MCS.
L’action de solidarité associative menée par « Migrants contre le Sida » comble le manque d’initiative politique. « Les pouvoirs publics commencent à reconnaître que nous sommes une population très concernée par le sida » explique Reda Sadki, « mais aussitôt ils avancent des arguments d’ordre culturel pour expliquer ce phénomène : les immigrés seraient plus facilement contaminés car ils sont dans le déni et dans le tabou de la maladie ! Cela ne fait pas partie de notre culture de rejeter un malade, mais il faut avoir les moyens de le soutenir ».
Face à l’injustice, Reda croit en l’importance d’une culture de résistance. Le projet « Chorba Ibn’Sina » s’inspire par exemple de la solidarité liée à la religion musulmane. Pendant la durée du Ramadan, des familles arabes et africaines se sont mobilisées pour apporter la « Chorba », ce plat traditionnel que l’on partage le soir, aux patients du service des maladies infectieuses de l’hôpital Avicenne de Bobigny. Saluée des youyous des cuisinières, l’initiative est pour l’heure relayée à l’antenne par un reportage. Parce que « bien manger est la première forme de thérapie », l’émission a pour coutume de donner des recettes à ses auditeurs. « Ce dont ont besoin les séropos ce n’est pas du discours, ce sont des réponses aux questions qui se posent dans la vie quotidienne, pour survivre, pour vivre et se soigner dans la dignité » peut-on lire en présentation du site web du comité.
Une plage musicale plus tard, les animateurs donnent la parole à Ibrahim, président de la FNAFA, un regroupement d’associations franco-africaines qui organise des chantiers de développement en Afrique, et incite les jeunes à s’engager politiquement. Conseillère auprès des familles en matière de droits sociaux, la fédération ne mène pas d’action spécifique à la lutte contre le sida. « Le Réseau européen contre le Racisme dont nous faisons partie n’a pas de volet médical » s’étonne Ibrahim hors micro. Or la discrimination dans le cadre du sida est une question de vie ou de mort, selon Reda : « C’est une chose de se faire jeter de boîte, il y a des associations qui s’en occupent. Se faire jeter d’un guichet de la caisse d’assurance maladie, c’est une atteinte à la survie ». Les malades les plus fragiles sont justement ceux qui n’ont pas de poids social : sans papiers, chômeurs, illettrés… Pour ceux-là, la séropositivité vient se surajouter à beaucoup d’autres préoccupations qui relèvent de la survie.
Et le contexte actuel de démantèlement du système de santé ne joue pas en faveur de l’égalité de l’accès aux soins pour tous. Y compris entre Paris et sa banlieue. « Normalement, dans un hôpital parisien, un médecin suit 25 à 30 patients réguliers. Un médecin d’un hôpital de grande banlieue que nous avions invité à l’émission a dû reconnaître qu’il était seul pour 300 malades ! Parmi eux, beaucoup sont noirs ou sans papiers » dénonce Reda. L’accès à la couverture médicale gratuite, les démarches pour obtenir des papiers ou bénéficier de l’allocation adulte handicapé… Le parcours des immigrés séropositifs est semé d’embûches juridiques, que « Migrants contre le Sida » essaie de débusquer. Pour que les oubliés connaissent leurs droits.
Ce jour-là, Reda et Samia reviennent sur la libération de Maurice Papon : l’ancien préfet de Vichy a obtenu une suspension de peine pour raison médicale grâce à la loi du 4 mars 2002. « Cette loi établit que l’établissement pénitentiaire n’est pas susceptible d’accueillir un malade. Peut-elle concerner les malades du sida en prison ? » s’interroge Reda. Il diffuse à l’antenne la réponse de François Bès, de l’Observatoire International des Prisons. Qui informe les familles et les détenus sur la procédure à effectuer pour demander une suspension de peine et sur les conditions à remplir. « Les avocats de Maurice Papon sont certainement mieux informés que les commis d’office… Mais il faut savoir qu’un avocat n’est pas nécessaire pour faire cette demande ».
La rubrique médicale décrypte les points les plus obscurs et parle du sida sous un angle concret. « Parce que les enfants d’immigrés apprennent souvent qu’ils sont séropositifs à l’occasion d’une maladie, nous voulons expliquer aujourd’hui ce qu’est la primo-infection ». Les témoignages recueillis sur le répondeur de l’émission traduisent les préoccupations ou les interrogations des auditeurs. On écoute Kamel, hospitalisé pour une méningite, raconter comment il a alors appris sa séropositivité. Au micro, le docteur Cécile Goujard détaille les symptômes qui peuvent mettre la puce à l’oreille sur une éventuelle contamination : « la fièvre, les courbatures, les ganglions, les boutons, les aphtes sont caractéristiques de la séropositivité. Des traitements sont possibles en tout début d’infection, il ne faut surtout pas se cacher si on a pris un risque ». Cette précision n’est pas hasardeuse. « Parmi les immigrés, il y a toute une population que l’on appelle les "perdus de vus", qui n’ont pas encaissé le choc de l’annonce de leur maladie et ne sont pas suivis à l’hôpital. C’est pour cela qu’il faut tisser des liens avec les services hospitaliers pour qu’ils leur garantissent la confidentialité » expliquera plus tard Reda, autour d’un café.
Le bénévole ne compte pas son temps pour distiller ses messages envers tous les acteurs de l’épidémie. L’association a notamment réussi à faire embaucher des écoutants bilingues sur le numéro vert de Sida Info Service. Une bien maigre avancée aux yeux de Reda.
« Le nerf de la guerre ne suit pas : sur les 68 millions d’euros alloués à la prévention pour 2002-2004, à peine 460 000 vont à des actions ciblées directement vers les immigrés ».
Il ne cache pas le caractère communautaire et politique de ses revendications. « Notre combat est la face cachée de la "lutte contre le sida" menée par la santé publique officielle et par les associations classiques issues de la mobilisation des homosexuels "blancs" face à l’épidémie. Mais eux disposaient d’un relais dans les hautes sphères politiques, ce qui n’est clairement pas notre cas ». En matière de racisme comme d’homophobie, les tabous sont encore légion. Pourtant, si leurs combats se ressemblent, immigrés et homosexuels se renvoient mutuellement des accusations d’intolérance. L’association Act Up est notamment pointée du doigt, pour ses positions jugées « colonialistes ». En novembre 2001, pendant le procès du Caire, où 52 homosexuels furent jugés pour "crime de vice", Act Up affichait en homepage de son site cette phrase en arabe « Rendez-nous nos amants ». « Les homosexuels n’appartiennent pas à l’Occident » répondait alors « Migrants contre le Sida ». En cause, les amalgames sur la culture arabe, taxée d’homophobie, et où l’homosexualité n’est perçue que comme un choix sexuel par défaut.
En cause également, le fantasme du « beur is beautiful ». De Patrice Chéreau à Cyril Collard, certains films représentent des « protagonistes arabes jeunes, beaux, décoratifs et illustrent une vision paternaliste proche du ridicule », de l’avis d’un invité de l’émission, Alli Ellatay.
Cette relation « colonisateur-colonisé » que dénonce Reda Sadki, cacherait certains dérapages. « La face cachée du débat sur le relapse et le bare backing, ce sont les jeunes immigrés qui arrondissent leurs fins de mois. Cette forme de prostitution serait courante dans les lieux de drague homo, d’après les témoignages de nos auditeurs ». L’émission a ainsi une vraie mission de relais qui la rend essentielle. Reda sourit. « D’une façon générale, nous faisons confiance au terrain ».
Coralie Garandeau
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La voix des oubliés du sida (360° Magazine)
Bonjour j’aimerais avoir plus de renseignement au sujet des symptomes du sida svp. Et peut -ont guerir definitivement du sida ou bien sommes nous condané a mourir........
Amitié Natchat
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Sida : ni guérison, ni condamnation à mort
Ni l’un, ni l’autre.
Avec les médicaments contre le virus du sida, il est possible de vivre avec le virus, et d’empêcher la progression vers la maladie.
Pour en savoir plus, consulter notre rubrique Votre santé.
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Sida : ni guérison, ni condamnation à mort
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La voix des oubliés du sida (360° Magazine)
pas si juste que celà la mission de migrant contre le sida n’est pas representative de notre communaute, moi qui suis algerienne , je n’ai jamais senti mr sadki parler en mon nom.
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Migrants contre le sida et les communautés
Migrants contre le sida n’a jamais parlé au nom d’une communauté. L’émission est multi-communautaire et se bat pour l’égalité des droits de tous et toutes face à la maladie et à l’injustice du sida.
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Migrants contre le sida et les communautés