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45ème Rencontre du CRIPS : intervention de Migrants contre le sida
16 juillet 2002 (Crips-Cird Ile-de-France)
PARIS, 17 novembre 2001 (CRIPS)
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Les rencontres du CRIPS sont organisées avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales d’Ile-de-France.
Une rencontre animée par Abdon Goudjo, CRIPS
Reda Sadki, responsable de Migrants contre le sida
Depuis 6 ans, Migrants contre le sida fait une émission de radio unique. C’est la seule à notre connaissance qui parle des besoins des séropositifs d’origine arabe et africaine et qui tente d’y répondre.
Qui sommes-nous?
En France, en 20 ans d’épidémie, 15000 immigrés, enfants d’immigrés des communautés maghrébine et africaine, sont morts du sida, sur 35000 morts au total. Presque la moitié des morts du sida en France sont immigrés ou enfant d’immigrés. Si Migrants contre le sida existe, c’est pour appeler à la mobilisation des proches et des familles et afin de soutenir les bagarres menées par les personnes concernées et par les personnes séropositives pour survivre au sida, mais aussi pour exiger justice pour les disparus de la maladie.
À lire : Des droits politiques des immigrés et de nos combats pour survivre au sida
Migrants contre le sida est un collectif d’information et de solidarité avec les séropositifs issus de l’immigration. Depuis 1995, notre travail se fait sans soutien des pouvoirs publics. Nous ne sommes pas allés mendier des miettes à la DDASS, à la DGS, ou aux laboratoires pharmaceutiques.
Par rapport aux commentaires de la salle sur les besoins des personnes, notamment sur le suivi médical et le début du traitement, nous avons commencé à travailler sur le sujet depuis maintenant 2 ans, et nous avons des réponses faisables et effectives dans le cadre de ce que l’on appelle "le dispositif medias, survivre au sida" qui vous est distribué.
Ce dispositif comprend huit points :
1. l’émission de radio tous les mardi à 17H qui parle aux séropositifs d’origine arabe et africaine.
Ce n’est pas une émission sur le sida, mais plutôt une émission sur tout ce qui peut intéresser les séropositifs issus de l’immigration. C’est une distinction de taille. Il y a une chronique juridique qui répond aux préoccupations des personnes sans-papiers ; une chronique médicale (quand débuter un traitement, comment supporter les médicaments, etc.) ; une rubrique qu’on appelle Diasporas qui parle des pratiques de solidarité des immigrés et des enfants d’immigrés vis-à-vis de nos proches qui sont malades dans les pays d’origine ; une rubrique Carnet d’adresses pour les infos très pratiques, et même une rubrique Recettes de cuisine.
Parmi les plus importantes, une nouvelle rubrique qui s’appelle Le premier jour, où on demande à des "anciens", des séropositifs depuis 5 ans, 10 ou 15 ans, de raconter le jour de la découverte de leur diagnostic et tout ce qui a suivi. Cette rubrique a été mise en place parce que nous recevons de plus en plus de demandes de gens très jeunes (18, 20, 22 ans) qui sortent de l’hôpital, qui sont malades ou séropositifs et qui doivent trouver des réponses pratiques à des questions essentielles sur le reste de leur vie. Autre nouvelle rubrique, la rubrique "Sexe", qui part d’un fait tout simple : les séropositifs, comme les séronégatifs, font l’amour. Dans le cadre de l’émission, on répond donc aux interrogations pratiques sur tous les aspects de leur vie sexuelle sans aucun tabou, avec des réponses aussi claires que possible.
Il y a aussi un kiosque associatif où l’on invite des associations à venir dire ce qu’elles font pour répondre aux besoins des séropositifs. Enfin, il y a des débats politiques sous forme de table ronde où l’on invite des acteurs de terrain, par exemple des gens qui gèrent les appartements de coordination thérapeutique, des gens qui gèrent la misère des séropositifs. On les invite pour les confronter à leurs responsabilités ou pour débattre des issues politiques possibles pour mieux répondre aux besoins des personnes, en particulier des séropositifs les plus précaires. Donc l’émission de radio, c’est l’axe central de notre action.
2. le programme de l’émission :
Téléchargez le nouveau programme de l’émission de radio
Nous sortons toutes les 4 à 6 semaines un calendrier des émissions avec le sommaire de chaque numéro à l’intention des personnes concernées. Mais il existe un frein à la diffusion, à la distribution et à la mise à disposition de ce calendrier : ce sont les intermédiaires.
Nous nous sommes, en effet, rendu compte que le principal frein à la connaissance de l’existence de cette émission, ce sont les soignants, les travailleurs sociaux et certaines structures associatives à qui nous demandons aujourd’hui explicitement de faire leur travail : transmettre l’information sur l’existence de cette émission et mettre le programme à la disposition des personnes concernées.
3. le répondeur téléphonique (08 70 25 12 50) :
Sida Info Immigré : tout savoir sur notre permanence téléphonique
C’est par ce biais que les auditeurs prennent contact avec nous pour poser des questions et prendre rendez-vous avec nous.
A l’origine ce répondeur a été mis en place courant 2000 face à l’immobilisme de Sida Info Service qui, depuis 1994, refusait de mettre en place un numéro pour répondre aux besoins spécifiques des immigrés et enfants d’immigrés, et en particulier des personnes séropositives. On prend l’engagement de rappeler rapidement et de répondre à chaque demande, de ne laisser personne tomber. Nous avons un réseau de militants, d’avocats, de juristes, de médecins grâce auxquels nous élaborons une vraie réponse, qui peut être utile à d’autres auditeurs qui ont le même problème.
4. les cassettes de l’émission :
Nous nous sommes rendu compte que beaucoup de gens qui travaillent ne peuvent pas écouter l’émission. Nous faisons donc, de façon très restreinte pour l’instant, des copies de cassettes lorqu’un auditeur nous le demande. Mais le problème, c’est le coût : environ 30F alors qu’on travaille dans la précarité la plus totale.
5. le site Internet (www.survivreausida.org) :
Il faut être clair, le site ne nous permet pas de toucher le public qui nous intéresse. Je rappelle que l’ensemble des séropositifs qu’ils soient français ou immigrés, vivent pour la plupart avec moins de 3500F/mois. Les personnes qui écoutent l’émission n’ont pas Internet et ne l’auront probablement pas dans les deux ou trois ans. Alors, pourquoi un site Internet ? Le site sert de relais d’information en direction non pas des malades, des personnes concernées, mais en direction de l’aristocratie associative et médicale, les intermédiaires dont je parlais plus haut. Nous avons 4200 abonnés qui reçoivent notre bulletin d’information hebdomadaire, et jusqu’à 50000 pages consultées par mois sur le site lui-même, plus de 3000 pages d’information sur tous les sujets qui nous intéressent. Nous suivons à peu près une cinquantaine de thèmes, de rubriques que nous considérons pertinentes. Vous avez la possibilité d’écouter l’émission par Internet, toutes les informations sur la permanence téléphonique, des dossiers thématiques (...) comme l’assistance médicale à la procréation, comment s’installer en France quand on est malade.
6. le catalogue des émissions :
C’est un projet... On s’est rendu compte que les gens, quand ils ont le programme des émissions, font un peu du shoping : ils choisissent l’émission et les thèmes qui les intéressent et les notent dans leur agenda. Pour aller plus loin dans cette logique, nous préparons un catalogue des émissions qui permettrait aux personnes de commander un CD audio ou une cassette des émissions qui les intéressent. Ce projet est en suspens faute de moyens. Il serait inadmissible de demander aux gens de payer pour avoir accès aux informations qui peuvent être déterminantes dans leur vie quotidienne.
7. le journal :
A parution irrégulière, mais qu’on sort parce qu’il sert d’appui aux campagnes et à la visibilité de Migrants contre le sida dans les hôpitaux. Au sommaire du numéro pour le 1er Décembre : le logement des séropositifs ; quand débuter un traitement ; bien manger, la première forme de thérapie avec une recette de cuisine facile à faire pour des gens qui n’ont pas forcément les moyens ; et Palestine vue du Tombeau Algérie.
8. les ateliers de formation :
Là aussi c’est en suspens pour l’instant. En 1999-2000 nous avons organisé quatre ateliers sur le droit du travail, sur la CMU, l’accès à l’hôpital et surtout sur le droit au logement.
Tel est l’ensemble de notre dispositif. Mais j’aimerais insister sur l’enjeu fondamental : la question des moyens. 2001 doit être la première année où il y a eu plus que des miettes, et encore. Il serait intéressant de comparer ce qui est dépensé en direction des immigrés par rapport à d’autres populations-cibles. Pour nous, la priorité c’est la question de l’extrême précarité, de la misère des séropositifs les plus précaires qui vivent en banlieue parisienne. C’est-à-dire répondre aux besoins des gens qui sont le plus dans la galère et faire en sorte que ces personnes puissent, non pas seulement être aidées ou recevoir une aide, mais réellement devenir maîtres de leurs destins, prendre les décisions, faire les choix thérapeutiques qui les concernent, se soigner dans la dignité. C’est la seule chose qui devrait guider notre action, pas autre chose. Et si on n’est pas prêt à se battre, dans 5 ans, dans 10 ans, il y aura encore des réunions comme celle-ci.
Dernier point :
Émission du 4 décembre 2001 (n° 118)
Il y a aujourd’hui des gens qui pensent que l’épidémie côté maghrébin est finie, ou encore que les Maghrébins de toute façon sont Français, et qu’il n’y a donc pas besoin de mener des actions spécifiques. Nous pensons, et je le dis publiquement, qu’il y a eu une première épidémie au début des années 80 avec d’abord l’entrée de la drogue dans les quartiers et juste derrière celle du virus. Depuis le milieu des années 90, il y a une deuxième épidémie au sein de la communauté maghrébine qui se transmet principalement par voie hétérosexuelle et qui ressemble de très près à l’épidémie qui frappe la communauté du reste du continent africain.
Nous ne pouvons pas attendre que les institutions françaises ou les associations classiques prennent conscience ou engagent des actions. Si elles le font, c’est très bien et nous saluons celles qui ont eu le courage de changer d’avis, de reconnaître leurs erreurs ou d’engager des moyens pour soutenir les personnes séropositives les plus précaires. La visibilité des associations renvoie essentiellement à la question des moyens. Et en l’état actuel, 13 millions de francs sur 419 au total, j’aimerais savoir qui récupère les 406 millions restants. On est obligé d’agir comme des mendiants, de jouer les prostituées pour obtenir des moyen qui restent dérisoires. C’est inadmissible en l’état actuel de l’épidémie. On s’est retrouvé avec des miettes pendant 10 ans et aujourd’hui tout d’un coup il y a urgence. Cela pose aussi la question de ce que n’ont pas fait les institutions, les associations classiques, et nous les tiendrons responsables jusqu’au bout. Ce qui ne nous empêchera pas de faire les choses par nous-mêmes et pour nous-mêmes.
Catherine Chardin
Quand j’entends Reda Sadki dire "on ne veut pas mendier", j’ai envie de rappeler que les subventions sont un droit et les DDASS sont des administrations accessibles. Il ne faut pas hésiter à y aller et à demander de l’aide pour remplir les dossiers. Ce n’est pas pour nier les difficultés qui existent mais en même temps, on n’a pas intérêt à amplifier l’importance et la complexité du dispositif car les acteurs de terrain risquent de s’auto-exclure en se disant "je n’y arriverai jamais". Il y a des obstacles et des barrages qu’on arrive à lever, en matière de subvention par exemple. Sur la visibilité des émissions, je crois que c’est de notre responsabilité commune - des institutions et des associations- de tout faire pour que ces émissions puissent être diffusées le plus largement possible.
Reda Sadki
Ce qu’on a reproché au Crips dans le passé est toujours d’actualité : on se limite à des constats de plus en plus étoffés, de plus en plus sophistiqués, de plus en plus compétents. C’est bien, mais ce n’est pas suffisant par rapport à l’enjeu de santé publique parce que c’est quand même pour ça qu’on est là. Le sida, c’est une question médicale, une question de santé et la solution passera aussi par ce biais-là. Nous avons besoin que la question soit posée réellement. Est-ce que le plan d’actions 2001-2004 de la DGS permettra de dire à la prochaine réunion "nous avons réussi à faire ceci et cela, nous avons été efficaces en termes de santé publique", c’est-à-dire que les séropositifs ont une meilleure qualité de vie, peuvent se soigner et vivre dans la dignité ? C’est la seule question qui compte.
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45ème Rencontre du CRIPS : intervention de Migrants contre le sida
Je suis étudiante en formation d’assistante sociale et je travaille sur une situation d’une jeune roumaine qui s’est retrouvée toute seule et est tombée dans la prostitution.Hospitalisée pour violences physiques,elle a appris qu’elle été séropositive.Elle est actuellement en situation irrégulière.J’aimerai savoir si avec l’aide médicale d’Etat elle peut bénéficier d’un traitement et d’une aide financière en attendant sa régularisation.Cette situation est fictive,elle rentre dans le cadre d’un module santé et je dois présenter à l’oral les possibilités que je peux offrir à cette jeune fille agée de 23 ans.Je vous remercie à l’avance de répondre à ces questions.
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> 45ème Rencontre du CRIPS : intervention de Migrants contre le sida
Je ne suis pas juriste, ni travailleur social, et je pense que ma réponse doit être complétée par la recherche des textes concernant l’AME, d’une part, et la délivrance des titres de séjour "pour soins", d’autre part. Si vous consultez les archives de Survivre au Sida, vous trouverez de nombreux éléments, et aussi sur les attaques actuelles contre l’AME, ainsi que sur la pratique des préfectures en matière de délivrance du titre de séjour (12 Bis 11). Voir également les brochures du Gisti, ("protection sociale des étrangers", "sans papiers, mais pas sans droits"), et le "Code de l’action sociale et des familles", qui est citée comme la référence en matière d’AME.
La personne étant hospitalisée, suite à des violences, l’établissement de soins a, en principe, des travailleurs sociaux qui se chargent de faire la demande d’AME, sinon qui paiera la facture ? En pratique, si on n’y veille pas, elle peut très bien se retrouver à la sortie des urgences par exemple, avec la facture envoyée à son domicile.
L’AME permet la prise en charge des frais de santé des personnes ne pouvant pas bénéficier de l’assurance maladie, et il s’agit trés majoritairement de sans papiers. Elle est accessible à tout étranger résident en France, et l’AME en établissement de santé est accessible sans condition d’ancienneté de séjour. Seules en sont exclues les personnes "de passage", ou venues se faire soigner en France.
Le demandeur doit justifier de son identité, de sa domiciliation, de ses ressources, car elle est attribuée sous plafond de ressources.
En attendant la notification d’ouverture des droits, qui ne nécessite en principe aucun délai, mais en pratique, c’est autre chose, la personne qui vient d’apprendre sa séropositivité, comme toute personne atteinte d’une pathologie, peut consulter à l’hopital, gratuitement par l’intermediaire des permanences d’accés aux soins de santé(PASS). Les examens et les traitements éventuels sont pris en charge dans les mêmes conditions, en attendant l’obtention d’une couverture sociale.
D’autre part, le travailleur social doit veiller à ce que la personne obtienne du médecin hospitalier qui a fait le diagnostic, ou le bilan, un certificat médical destiné au médecin inspecteur, et qui sera remis à la préfecture sous pli confidentiel, en même temps que la demande de titre de séjour. En principe, votre patiente fictive devrait se voir délivrer une carte de séjour d’un an avec droit au travail. En pratique, n’importe quel APS avec ou sans droit au travail peut lui être délivré. C’est trés embétant, car cette personne va sans doute avoir besoin de ressources et d’hébergement. En tous cas, munie de ce titre, quel qu’il soit, elle est considérée comme en séjour régulier, et peut faire une demande de CMU, (sous plafond de ressources), et du fait de sa pathologie, elle a également droit à une prise en charge à 100%.
Enfin, ce n’est pas parce que votre patiente est sans papiers qu’elle ne peut pas déposer plainte pour les violences qu’elle a subies. En pratique, il faut l’accompagner dans cette démarche.
En résumé, il existe des textes qui reconnaissent des droits aux étrangers malades, en matière de séjour et de protection sociale. Ils ont été obtenus par le combat des associations. En pratique, les malades étrangers sont en butte constamment a des refus d’application de ces textes, et maintenant ces textes sont également remis en cause. Les personnes qui découvrent leur séropositivité et qui sont sans papiers, doivent faire face à l’annonce de leur maladie, et à la mise en place éventuelle d’un traitement, alors qu’elles sont dans des conditions de précarité extrême, notamment en ce qui concerne les ressources et le logement.
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> 45ème Rencontre du CRIPS : intervention de Migrants contre le sida